Biographie de Saule

Bien sûr, Saule a déjà publié deux albums très réussis qui lui ont assuré une petite place dans le coeur du public. Mais « Géant » est un nouveau départ, une bouffée d'air frais qui extirpe le chanteur de l'atmosphère un peu confinée de la « nouvelle chanson française » pour le voir explorer de nouveaux territoires, aux confluents de deux cultures qui s'ignorent trop souvent : le rock anglo-saxon de ses premières amours musicales adolescentes (Jeff Buckley, Radiohead) et la chanson de qualité dans laquelle il baigne depuis sa plus tendre enfance (Brassens, Gainsbourg). Réalisé par Charlie Winston, Géant est un album libéré, sur lequel Saule se lâche et trouve enfin sa voie, unique et originale, mais aussi sa voix, sublime et ensorcelante.

Baptiste Lalieu, alias Saule, est un géant de près de 2 mètres - d'où son nom d'artiste et le titre de cet album - qui nous vient de Belgique. Les origines siciliennes de sa famille maternelle le voient grandir dans une ambiance très marquée par la musique et par le chant. Il apprend la guitare mais se dirige d'abord vers la comédie. Au Conservatoire d'art dramatique de Bruxelles, il apprend le métier d'acteur mais aussi celui d'auteur de pièces de théâtre, une formation qui nourrira par la suite l'écriture de ses chansons, véritables petites saynètes admirablement ouvragées. Parallèlement, il fait ses armes dans un groupe de rock, My Second Skin, qui passe du hardcore à une musique plus éthérée lorsqu'il tombe sous le charme de Radiohead. Le groupe effectue de nombreuses premières parties en Belgique (Franz Ferdinand, Radio Four) avant de se séparer. Baptiste s'engage alors dans l'aventure solo, en français, publiant un EP fin 2005, puis son premier album en mars 2006, Vous Êtes Ici, très bien accueilli en Belgique où il est certifié disque d'or. En France, l'album est repéré par une petite frange d'amateurs. En 2009, il franchit un palier avec son deuxième album, Western, réalisé par Sébastien Martel (M, Camille, Emily Loizeau). Saule est alors adoubé par deux pointures de la chanson française, Dominique A, avec lequel il interprète en duo son premier single, « Personne », et Bénabar, qui l'emmène en tournée.

La voie de Saule semble toute tracée dans cet univers bien balisé : avec ses textes humoristiques, tendres et lucides, sa voix douce, sa guitare sèche et son groupe bien rôdé, il écume les scènes françaises, ravissant un public amateur de belles chansons intimistes et intelligentes. Mais quelque chose lui manque, comme s'il n'exploitait que la moitié de ses talents. La rencontre avec Charlie Winston va s'avérer déterminante. L'Anglais, dont on connaît le talent, est avant tout un artiste généreux et fou de musique. De façon totalement désintéressée, il répond à l'invitation de Saule de le rejoindre sur scène. Une vraie complicité va naître entre les deux hommes. Charlie tombe amoureux des chansons de Baptiste, l'aide à sélectionner les meilleurs titres à enregistrer parmi la soixantaine qu'il a écrits, puis proposer finalement de réaliser l'album. Mais Winston ne mâche pas ses mots. Il connaît le talent de Saule, mais aussi sa folie, son amour du rock, et la puissance de sa voix, jusqu'ici peu exploitée. Et notre Hobo préféré va décomplexer Saule, le pousser à délirer, à assumer sa voix et à retrouver ainsi l'autre moitié de sa culture musicale jusque-là trop délaissée. Le titre « Dusty Men », chanté en duo par les deux complices, en est l'exemple parfait. Cette collaboration est arrivée de manière spontanée, écrite par Baptiste à la fin de l'enregistrement de l'album, sans aucune pression, avec un rythme presque disco sur le refrain diablement entêtant. Le titre, sur lequel leurs voix se marient à merveille, raconte une histoire de deux has-been de la chanson qui semblent s'apostropher de chaque côté de la Manche, le tout sur un groove diablement entraînant.

L'album, enregistré dans un studio de l'ouest parisien, La Frette, avec les participations de Ché, batteur anglais, et Thomas Semence, guitariste que tout le monde s'arrache (Aubert, Raphael, Keren Ann), est d'une richesse inouïe, presque inépuisable. Du premier titre, « Home Sweet Home », d'une douceur absolue où la voix de Saule tutoie des hauteurs rarement atteintes depuis la disparition de son héros, Jeff Buckley, au dernier, « Vieux », d'une mélancolie terrassante, les sonorités s'entremêlent et s'enchainent de manière décoiffante.

L'humour de Saule est toujours présent, comme sur l'ambivalent « Chanteur Bio », qui allie riff à l'anglaise et texte caustique, ou sur « Type normal », un futur hit à la mélodie évidente, petite merveille d'autodérision sur l'absolue banalité de la vie du chanteur. Sur « Le Bon Gros Géant », le rire vire au jaune, et l'autoportrait tendre et acide, évitant le pur règlement de compte, tourne à l'apologie de la différence, quelle qu'elle soit. Ailleurs, la veine est plus rêveuse, comme sur « Rien que pour soi » ou « Just a Song », magnifiques et troublantes, portées par une voix pure et légère. Saule ose même se lancer dans un passage a cappella de toute beauté (Buckley encore), et chose rare par chez nous, il en a les moyens, à l'image d'illustres aînés comme Polnareff ou Christophe. La richesse de l'album est enfin parfaitement illustrée par une chanson tragique et bouleversante sur l'usure amoureuse, « L'inventaire de notre amour », envoyée, et c'est là toute son originalité, sur fond de rock implacable et haletant.

Sans avoir l'air d'y toucher, Saule vient de réaliser une oeuvre majeure et fait entrer un joli courant d'air frais dans notre chanson française. Ce garçon n'a pas fini de faire parler de lui, ce premier pas de Géant en est la preuve.

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