Dossier de presse d'Isabelle Boulay - novembre 2011

 

Dossier de presse antérieur

 

Boulay-Biolay: country, folk, vintage pop, français, keb

Alain Brunet, La Presse: Le Blogue d'Alain Brunet, 13 novembre 2011

Très rarement, les artistes populaires, proches du bon peuple pour les bonnes raisons, peuvent ainsi étoffer leur proposition. Voilà pourquoi j’ai le plus grand respect pour Isabelle Boulay. Kid star des clubs gaspésiens, authentique star de la variété québécoise et de la variété française grand public, elle a su grandir et se raffiner sans perdre son monde. Pour avoir couvert cette scène pendant de nombreuses années, je puis affirmer qu’il est extrêmement délicat d’ainsi progresser.

J’insiste, très peu d’artistes populaires sont capables de convaincre leur vaste public de consentir à l’élévation qu’elle nous propose cet automne. Parions qu’Isabelle Boulay y parviendra avec cet album, car Les Grands Espaces ne manquent ni de relief ni de balises. S’avèrent pleins de vie, pour citer John Fante. À la fois familiers et substantiels, gorgés de ressources country, folk, pop, soul. Évidemment, nous ne sommes pas ici sur le territoire de la grande innovation. Nous sommes sur celui du raffinement pop et des meilleurs choix esthétiques possibles pour cette interprète.

En toute grâce, le choix des textes passe de la belle écriture naïve à la grande écriture, de Gerry Joly (Mille après mille) à Jean-Louis Murat (Amour aime aussi nous voir tomber, une inédite consentie à la chanteuse québécoise), du français à l’anglais en passant par le franglais de Daniel Lanois (Jolie Louise).

Les sélections américaines y sont parfaites dans le contexte : Lee Hazlewood (Summer Wine), Dolly Parton (qui a courtoisement accepté de chanter sa chanson True Blue en duo), Alyssa Bonagurra (All I Want Is Love), Gordon/Warren (At Last, popularisée jadis par Etta James).

Pour Isabelle Boulay, le choix du réalisateur ne tient pas du snobisme nouveau riche comme certains pourraient le redouter : Benjamin Biolay est un ami et un admirateur. Hormis sa chanson Voulez-vous l’amour écrite sur mesure pour l’interprète, l’artiste français a aménagé de magnifiques tableaux d’Amérique, qu’il a colorés subtilement de son européanité. Sans péter de la broue ni de ses bretelles.

À mon sens tandem Boulay-Biolay a su éviter le piège de l’exercice de style, celui de l’album de genre, ce cliché du Français mystifié par ce continent où il ne fait que passer, ou encore celui de la Québécoise dominée esthétiquement par son réalisateur.

 

Isabelle Boulay: Le meilleur d'Isabelle ****

Alain Brunet, La Presse, 12 novembre 2011

Les artistes populaires, proches du bon peuple pour les bonnes raisons, peuvent très rarement ainsi étoffer leur proposition. Très peu sont capables de convaincre leur vaste public de consentir à telle élévation. Parions que notre Isabelle Boulay y parviendra avec cet album, car Les grands espaces ne manque ni de relief ni de balises.

En toute grâce, le choix des textes passe de la belle écriture naïve à la grande écriture, de Gerry Joly (Mille après mille) à Jean-Louis Murat (Amour aime aussi nous voir tomber), du français à l'anglais en passant par le franglais de Daniel Lanois (Jolie Louise). Les sélections américaines y sont parfaites dans le contexte: Lee Hazlewood (Summer Wine), Dolly Parton (qui a courtoisement accepté de chanter sa chanson True Blue en duo), Alyssa Bonagurra (All I Want Is Love), Gordon/Warren (At Last, popularisée jadis par Etta James).

Pour Isabelle Boulay, le choix du réalisateur ne tient pas du snobisme nouveau riche comme certains pourraient le redouter: Benjamin Biolay est un ami et un admirateur. Outre sa chanson Voulez-vous l'amour, l'artiste français a aménagé pour Isabelle de magnifiques environnements d'Amérique, qu'il a colorés subtilement de son européanité.

 

Isabelle Boulay: La voix du réconfort ****1/2

Josée Guimond, Le Soleil, 12 novembre 2011

(Québec) Dans le livret de son nouvel album, Isabelle Boulay écrit qu'elle vit «entre la terre de mes appartenances et celle de mes aspirations», entre racines country et modernité, entre le Québec et la France.

Avec Les grands espaces, la chanteuse présente un éventail presque parfait de 15 chansons country-folk (en français et en anglais), qui conjugue à merveille toutes ces influences. Cette réussite, Boulay la doit beaucoup à son complice, le Français Benjamin Biolay (qui a déjà coréalisé deux de ses disques), qui signe une réalisation et des arrangements tout en finesse et en cohérence. Les grands espaces est composé de chansons originales et de reprises (dont Jolie Louise, de Daniel Lanois, Mille après mille, popularisée par Willie Lamothe). Les deux duos sont des bijoux : Summer Wine, avec Biolay (et sa petite pointe d'accent franchement craquante) et True Blue, délicate et émouvante, de et avec Dolly Parton. Une oeuvre réconfortante et rassurante, portée par la voix chaude et nuancée d'Isabelle Boulay.

 

Isabelle Boulay: Les grands espaces

Olivier Robillard-Laveaux, Voir, 10 novembre 2011

Le réalisateur-arrangeur Benjamin Biolay n’a pas sorti Isabelle Boulay des variétés. La production de Les grands espaces demeure léchée, souvent plus folk-pop que country. Reste que sur 15 chansons, le tandem brille à maintes reprises: Amour aime aussi nous voir tomber (de J.-L. Murat) et Voulez-vous l’amour (signée Biolay) font preuve d’une tension qu’on aimerait plus présente. Jolie Louise, Summer Wine et True Blue (avec Dolly Parton) sont de très belles reprises. Les ballades sont nombreuses. Certaines ajoutent en émotion (Fin octobre, début novembre), d’autres assomment par leur mélancolie (Souffrir par toi n’est pas souffrir de Julien Clerc), mais dans l’ensemble Isabelle Boulay fait mouche.

 

Isabelle Boulay: de Biolay à Dolly

Marc-André Lemieux, Journal Métro, 7 novembre 2011

Avec Benjamin Biolay, on ne badine pas. Parlez-en à Isabelle Boulay et à ses musiciens, qui ont goûté à la médecine «douce» du chanteur français cet été, durant l’enregistrement des Grands espaces, le nouvel album de la Québécoise. En studio, Biolay exigeait de la part de ses collaborateurs une attention de tous les instants. «On ne pouvait pas avoir la tête ailleurs parce qu’il le voyait tout de suite, confie l’interprète. Johnny Hallyday est comme ça : si tu chantes avec lui et que tu décroches pendant un huitième de seconde parce que tu as pensé au cadeau que tu dois acheter à ta mère, il s’en rend compte. Ça m’est arrivé une fois quand je faisais la tournée avec lui. Après le show, il m’avait dit : “Mais qu’est-ce qui s’est passé, Isabelle?” J’avais compris le message!»

Isabelle Boulay tenait mordicus à confier la réalisation de son huitième opus à Benjamin Biolay. Aux dires de la chanteuse, il était le seul à pouvoir l’aider à charmer le public français avec les sonorités country folk qu’elle affectionne tant, mais dont les Européens ne raffolent guère. «Je voulais faire résonner le souffle de l’Amérique profonde dans mes chansons... et pour y arriver, j’avais besoin de Benjamin, note-t-elle. Parce qu’en plus de connaître la variété française, il possède une grande culture de la musique country.»

Benjamin Biolay a porté plusieurs chapeaux durant l’enregistrement du CD : réalisateur, musicien (il joue du piano, de la guitare et de l’orgue), auteur (il signe la pièce Voulez-vous l’amour?) et chanteur (Summer Wine, une reprise d’une chanson interprétée à l’origine par Lee Hazlewood et Nancy Sinatra).

«Il a été d’une générosité absolue, affirme Isabelle. Il ne m’a jamais lâchée.»

L’histoire d’amour – professionnelle – entre Isabelle Boulay et Benjamin Biolay est née au tournant du siècle dernier, à l’époque de Mieux qu’ici-bas. Leurs chemins se sont par la suite croisés sur Tout un jour (2004) et Nos lendemains (2008), des opus couronnés de succès des deux côtés de l’Atlantique. Avec le temps, le tandem a développé une complicité que la chanteuse qualifie de «tacite».

«Dans la création, c’est le meilleur alter ego que j’ai connu, déclare-t-elle. Pour se comprendre, on n’a pas besoin de beaucoup se parler.»

Benjamin Biolay n’est pas le seul artiste de renom à avoir participé à l’aventure des Grands espaces. Isabelle Boulay s’est notamment entourée de Michel Rivard (Partir au loin), Mario «Luigi» Leblanc (Fin octobre, début novembre), Jean-Louis Murat (Amour aime aussi nous voir tomber) et Dolly Parton. Cette dernière joint sa voix à celle de la Québécoise sur True Blue, que la paire a enregistrée à Nashville.

Initiée par l’ingénieur de son Gary Pacsoza, cette rencontre restera à jamais gravée dans la mémoire d’Isabelle Boulay. «Des fois, dans la vie, tu mesures le chemin que tu as parcouru et tu te demandes comment tu as fait pour te rendre jusque-là. C’était un de ces moments-là», souligne-t-elle.

Car Dolly Parton n’est pas qu’une simple chanteuse aux yeux d’Isabelle. «Je l’ai découverte grâce à ma grand-mère, qui regardait la télé pour trois raisons : les nouvelles, le pape et Dolly Parton, raconte-t-elle. Pour nous, elle représentait l’ascension d’une femme de la classe ouvrière. Elle était une source d’inspiration, la preuve vivante que c’est possible d’atteindre les plus hauts sommets quand tu viens d’un milieu modeste.»

L’hiver 2011-2012 sera fort occupé pour Isabelle Boulay. À la fin novembre, elle entame une tournée européenne d’une durée de trois mois qui la mènera entre autres au Casino de Paris. Elle reviendra par la suite au Québec pour une autre série de concerts, avec des représentations prévues à l’Olympia de Montréal les 7 et 8 mars 2012.

Isabelle in english

On compte plusieurs titres en anglais sur Les grands espaces : des reprises (At Last, To Know Him Is to Love Him, True Blue, Summer Wine), mais aussi une pièce originale, All I Want Is Love. 

Composée expressément pour Isabelle par les paroliers américains Ross Copperman et Alyssa Bonagura, cette chanson devait à l’origine figurer sur un projet d’album en anglais de la diva québécoise.«Ça n’aura pas lieu maintenant, mais je garde espoir que ce disque soit créé qu’un jour», dit l’interprète.

 

Boulay/Biolay: la rime idéale?

Alain Brunet, La Presse, 5 novembre 2011

Au début de juillet, on a invité La Presse aux studios Piccolo, perdu dans le «far est» montréalais. Isabelle Boulay et son réalisateur, Benjamin Biolay, apportaient les dernières retouches à l'album Les grands espaces, que d'aucuns considéreront comme la proposition la plus élevée de la chanteuse jusqu'à ce jour.

La collaboration du Français et de la Québécoise remonte à une décennie, car Biolay avait participé à la création de deux albums de la chanteuse populaire (Mieux qu'ici bas et Tout un jour) qui mène une belle et vraie carrière en France comme on le sait. On a tôt fait de ressentir de très bonnes ondes dans ce studio. Artistes souriants et relax, heureux du travail accompli.

Se déclinent dans ces Grands espaces expressions française et anglo-américaines, duos avec Biolay et Dolly Parton, chansons originales et reprises de Benjamin Biolay, Étienne Roda-Gil, Julien Clerc, Jean-Louis Murat, Eddie Marnay, Daniel Lanois, Michel Rivard, Ève Déziel, Steve Marin, Gerry Joly, Lee Hazlewood, Phil Spector et plus encore.

Créé sous la direction de Benjamin Biolay, cet album est le fruit d'une remarquable complicité.

L'artiste français, cette fois, assume l'entière réalisation et s'en estime comblé :

« Pour les deux albums auxquels j'ai participé, nous n'étions pas les seuls à avoir les clefs de la voiture. Les albums précédents, je les avais coréalisés et je ne les avais pas mixés. Je réalisais plus ou moins la moitié. J'allais parfois trop à gauche pendant que Denis Savage (l'ingénieur du son) régulait mes excès (rires). Je n'allais pas vraiment jusqu'à la conclusion, jusqu'au processus définitif. Pour Les grands espaces, je savais que ce serait à la fois une suite hyper logique, et un virage qui ne dérouterait pas les fans d'Isabelle. Ils vont faire le voyage. »

Isabelle ne demandait pas mieux que de travailler avec lui :

« Je produis cet album, mais je m'estime coréalisatrice au huitième! (rires). J'aime me retrouver dans les rêves de Benjamin, dans sa fantasmagorie. C'est une des rencontres artistiques les plus marquantes de ma carrière. Il aborde la musique de manière primitive et sauvage et il a aussi la connaissance de la musique. Il travaille avec le coeur et l'intellect, c'est pour lui primordial, ça l'est devenu pour moi. Ça résume ma volonté d'aller vers lui. »

Très occupé à gérer sa carrière et son propre succès depuis la sortie de l'album La Superbe (en 2009), Benjamin a fait une exception avec Isabelle en acceptant de réaliser Les grands espaces :

« De la réalisation, je n'en fais presque plus. Ces dernières années, je l'ai fait pour mes amis -  Keren Ann, ma soeur, Isabelle, l'avant-dernier de Julien Clerc... La Superbe a vraiment bien marché, j'ai longtemps tourné, je n'ai plus beaucoup de temps. Pour Isabelle, je l'ai fait par amitié. Et parce que je suis fan d'Isabelle, une de mes voix préférées. Déjà au printemps 2010, il y avait une énorme intention. Nous allions créer le scénario, procéder au casting des chansons et enregistrer au Québec avec des musiciens surtout québécois. Je connaissais déjà Rick Haworth, Jason Lang, Bob Stagg, ou encore le guitariste français Éric Sauviat qui passe beaucoup de temps au Québec. Les grands espaces, c'est notre son, celui qu'on a fabriqué ensemble. »

À son tour, Isabelle raconte le processus :

« Pour Nos lendemains, mon album réalisé par Dominique Blanc-Francard, Benjamin m'avait offert Ne me dis pas qu'il faut sourire, que j'estime la plus belle chanson de cet album. C'était le germe de ce qu'on allait ensuite faire ensemble ! En mai 2010, je suis allée l'entendre chanter au Casino de Paris. Par la même occasion, je lui ai demandé de réaliser cet album, ce qu'il a accepté avec enthousiasme. Nous y avons beaucoup réfléchi. Et ça a été fantastique... En mars 2011, nous avons passé 10 jours très intenses en studio. Nous travaillions à n'importe quelle heure, sans restrictions. Outre les chansons prévues au programme, d'autres se sont ajoutées au fil des écoutes en soirée, comme la reprise de Summer Wine (créée par Lee Hazlewood et chantée avec Nancy Sinatra), Où va la chance (une adaptation d'Eddy Marnay d'une chanson américaine de Phil Ochs) ou encore Souffrir par toi n'est pas souffrir (Étienne Roda-Gil-Julien Clerc). Il faut dire que notre ingénieur du son, Ghyslain-Luc Lavigne a été très présent à nos côtés. »

Country, folk, pop classique des années 60, un brin de variété française... Cet album est d'abord nord-américain, assure Biolay :

« La musique de votre continent, je l'avais d'abord découverte avec l'album double blanc des Beatles,  très inspiré par le folk américain. Ce fut pour moi une porte ouverte pour Dylan, Donovan, etc.  Alors?  Il y a une décennie, j'ai ai quand même réalisé des albums américains, notamment pour Shivaree et Heather Nova. Négatif, mon deuxième album, comportait déjà beaucoup de country folk. Vous savez, il y a un vrai plaisir pour moi d'enregistrer en Amérique. Chez vous, c'est Isabelle, une de mes voix préférées, qui me le permet. C'est tellement facile de réaliser pour une artiste qui chante ainsi. On peut être relativement économe en termes de production, car on sait que la vraie voix va sortir.  Dès que tu y ajoutes quelque chose, c'est mis en valeur. »

On ne s'étonnera point que la célébrissime Dolly Parton ait accepté d'enregistrer un duo avec Isabelle  pour la chanson True Blue... signée Dolly Parton. La Québécoise raconte l'heureuse surprise :

«  À Nashville, Je travaillais sur un projet (pas encore abouti) avec Gary Paczosa, et j'ai décidé d'interpréter True Blue. Sans me faire d'illusions, j'ai souhaité l'enregistrer avec elle en duo. Gary, qui la connaissait personnellement, lui a laissé un mot de ma part. Lorsque j'ai su qu'elle avait si gentiment accepté, je suis allée à Nashville avec Marc-André (mon conjoint, père de mon fils et mon producteur exécutif) pour assister à la séance. Elle a accepté que nous puissions être présent. Il faut dire que Dolly était la chanteuse préférée de ma grand-mère, j'ai vu ma vie défiler lors de cette prise de son! »

Après la sortie officielle des Grands espaces (mardi prochain), voici venir la tournée d'Isabelle :

« Fin novembre, je commencerai à chanter en France. Je ferai le Casino de Paris du 1er au 4 décembre après quoi une trentaine de dates y sont prévues jusqu'en février.  La partie québécoise commencera en mars; le 8, je serai à l'Olympia de Montréal. C'est ma première vraie tournée depuis Comme ça me chante, que j'ai faite d'août 2010 à janvier 2011. La tournée de Nos lendemains, la précédente pendant laquelle mon fils Marcus est né, s'était déroulée de janvier 2008 à octobre 2009. J'ai vraiment hâte de me remettre dans cette énergie. J'y chanterai une bonne douzaine de chansons des Grands espaces, sans compter plusieurs autres de mon répertoire et des reprises que je n'ai pas enregistrées. Yves Desgagnés assure la mise en scène, les éclairages sont de Jacques Rouveyrollis. »

Après l'album d'Isabelle, Benjamin fait le sien :

« Je passerai l'automne à le préparer. J'aimerais bien venir chanter au Québec lorsque le nouvel album sera prêt. Pour  La Superbe, je ne sais vraiment pas pourquoi je n'ai pas tourné chez vous. J'ai pourtant fait l'Amérique latine : Chili, Urugay, Argentine, Brésil... Après cette tournée, j'ai fait du cinéma : Pourquoi tu pleures avec Emmanuelle Devos et Nicole Garcia, dont j'ai tenu le premier rôle et dont j'ai fait les chansons de la bande originale. »

Isabelle conclut sur Les grands espaces, un projet qui lui a donné l'occasion de «déjouer son petit bonhomme de chemin », pour reprendre cette belle image d'Ève Déziel - parolière de la chanson Partir au loin, mise en musique par Michel Rivard.

« J'ai grandi aussi dans le restaurant gaspésien de mes parents, on y écoutait autant de country que de variété française. Dans les bars de ma région, chaque reprise de grands chanteurs country (comme Johnny Cash) venait me chercher. Je suis devenue chanteuse, puis j'ai chanté autre chose mais le country-folk n'a jamais cessé de faire partie de moi. Maintenant, je peux le reconnaître et chanter ce répertoire sans me sentir dans l'imposture. Je crois donc avoir trouvé ce que je cherchais. J'essaie d'y amener de la beauté, de la profondeur, du raffinement, de la cohérence. De la variété grand luxe! Et je n'ai pas fini ce que j'ai à faire! C'est une destination. »

Benjamin abonde et réfute cette idée qu'une chanteuse populaire ne puisse élever son art et, du coup, attiser la curiosité de son public :

« Les artistes de variété qui retournent en arrière parce qu'ils ont peur de décevoir leur public, ça n'intéresse  personne. Une vie de chanteur populaire, c'est aussi une vie d'artiste. Et un artiste doit voyager ! Selon moi, ceux qui n'avancent pas sont souvent mal entourés, victimes d'un management grotesque qui ne pensent qu'à une seule manière pour faire des sous... parce que cette manière a déjà fonctionné. En revanche, les rencontres forcées ne marchent jamais. C'est pourquoi la nôtre fonctionne. Nous avons chanté ensemble, nous avons fait des albums, plein de trucs. Il faut du temps pour bien connaître les désirs d'un artiste. »

Jointe cette semaine pour rafraîchir la conversation estivale, Isabelle boucle la boucle en faisant l'éloge de Benjamin.

« Il m'a écrit une chanson pour cet album (Voulez-vous l'amour?), joué des instruments, signé les arrangements et assumé la réalisation. Il s'est totalement investi de sa générosité, de sa délicatesse et de sa grande culture. Avec lui, j'ai travaillé sans pudeur, j'ai pu m'abandonner en toute confiance.»

Boulay, Biolay... la rime idéale?  On pourrait le croire.

 

Isabelle Boulay: Cap sur l'horizon folk

Karine Tremblay, La Tribune, 5 novembre 2011

En sortant du studio, avec 15 nouvelles chansons gravées sur cédé, Isabelle Boulay avait l'impression nette d'avoir pris un virage. De marquer un tournant. D'être rendue ailleurs et plus près d'elle-même tout à la fois.

«J'ai le sentiment d'être enfin arrivée à unifier tout ce que je suis», résume la rousse chanteuse, qui a mis le cap sur la sonorité country-folk si chère à son coeur pour tricoter son plus récent opus, Les grands espaces.

«En fait, c'est quelque chose que j'avais amorcé avec De retour à la source, sorti en 2007. J'y pensais depuis bien avant, cela dit, mais il m'a fallu du temps avant de plonger dans ce courant musical.»

Elle l'envisageait, elle en parlait, mais elle n'osait pas. Entre autres parce que, autour d'elle, on n'était pas si convaincu. Jusqu'à ce qu'elle voit chanter Etta James. Une inspiration. Ce n'est pas un hasard si le disque se termine avec une reprise de la célèbre et langoureuse At Last.

«La façon d'être et de faire de la chanson avec l'authenticité d'Etta m'a donné le courage d'aller vers qui je suis fondamentalement. Mon fils, lui, m'a apporté tous les courages. Sa naissance a tout décuplé en moi. Avant qu'il arrive, il y avait déjà en moi cette volonté de témoigner de mon héritage. D'une certaine manière, j'avais envie d'évoquer ma famille et l'univers dans lequel j'avais grandi. Et puis mon petit Marcus est né; sa venue a inscrit en moi ce sentiment d'urgence encore plus fort. C'est-à-dire que ça a activé ma créativité. Ça m'a fait prendre conscience qu'il fallait que je réalise ce que je voulais dans la vie parce que l'épanouissement personnel, c'est un héritage à léguer par l'exemple.»

Les grands espaces, Isabelle Boulay le portait en elle depuis des années. Et elle rêvait de faire ce projet avec Benjamin Biolay. L'artiste français, qui en connaît un rayon sur le country, avait déjà collaboré avec elle sur deux précédents disques, mais à titre de coréalisateur. Cette fois, c'est lui qui a tenu les rênes.

«Je suis allée le voir au Casino de Paris, où il était en spectacle. Je le savais très occupé et pris dans différents projets, dont deux tournages. Ce soir-là, je me souviens, nous sommes allés lui parler du projet dans sa loge et tout de suite, il a dit oui. Il était emballé et moi, j'étais ravie, c'était comme un rêve.»

Parfait équilibre

Avec lui, elle a d'ailleurs enregistré en duo une très belle version de Summer Wine, de Lee Hazlewood. Un imprévu comme il y en a eu quelques-uns pendant la préparation du disque, qui rassemble une quinzaine de chansons francophones et anglophones. Des reprises autant que des inédites. Pour les unes et pour les autres, des auteurs et compositeurs de grand talent ont prêté mots et mélodies. Daniel Lanois, Julien Clerc, Michel Rivard, Steve Marin, Gérald Jolly et Hubert Mounier, pour n'en nommer que quelques-uns.

«Avant d'entrer en studio, on savait qu'on souhaitait un son intemporel, on savait où on voulait aller, mais on ignorait comment allait se faire le voyage. On s'est laissé beaucoup de latitude. J'en suis sortie avec la certitude d'avoir avancé d'un pas dans ma façon de faire des disques. Cette manière de créer me laisse une empreinte forte, c'est comme ça que je voudrais faire mes autres cédés. En suivant mon instinct et en ne réfléchissant pas trop. J'étais dans un état d'abandon et je pense que ça s'entend, ça touche à une vérité plus profonde. Ce disque-là, j'en suis très fière, je le sens en parfait équilibre pour le public d'ici et celui de l'Europe.»

En d'autres mots, il peut exister partout, il porte bien son nom. Parce que pour Isabelle Boulay, les grands espaces, c'est la possibilité d'avoir des rêves et un horizon ouvert.

 

Isabelle Boulay, Benjamin Biolay: Passer à l'ouest

Olivier Robillard-Laveaux, Voir, 3 novembre 2011

Pour faire voyager ses pièces country-folk bien queb’ jusque dans les oreilles des Français, Isabelle Boulay s’est offert les services de Benjamin Biolay à la réalisation de son nouveau disque Les grands espaces.

Certains sursauteront d’apprendre l’union entre Isabelle Boulay, cette incontournable voix de la pop francophone, et l’enfant chéri de la chanson française dite plus à gauche, Benjamin Biolay. Or, ce serait bien mal connaître la carrière de la Québécoise qui rayonne dans l’Hexagone depuis la parution, en 2000, de son album Mieux qu’ici-bas, un disque réalisé par Biolay alors dans l’ombre de sa console de son.

C’est même grâce au succès de l’album de Boulay, 1,5 million d’exemplaires vendus, et bien sûr à celui de Chambre avec vue d’Henri Salvador, sur lequel Biolay signait quatre pièces, que le réalisateur est devenu l’homme de main de nombreuses compagnies de disques, réalisant, arrangeant et composant pour tant d’artistes (sa soeur Coralie Clément, Karen Ann, Raphael, Stephan Eicher, Juliette Gréco).

Le duo a d’ailleurs remis ça sur Tout un jour (2004) avant qu’Isabelle ne passe davantage de temps au Québec à promouvoir son album country De retour à la source (2007).

Or cette fois, la chanteuse souhaitait voir son country-folk traverser l’Atlantique. Benjamin Biolay devenait le passeur idéal, il restait simplement à savoir s’il accepterait de retrouver la belle rousse, lui qui a mis un frein aux collaborations depuis ses quelques apparitions au cinéma (Pourquoi tu pleures? de Katia Lewkowicz) et l’immense reconnaissance acquise avec ses albums solos. Récompensé en 2010 par les prix Victoires de l’Artiste interprète masculin de l’année et de l’Album de chansons/variétés de l’année pour La superbe, disons que le Français n’a pas besoin des albums des autres pour arrondir ses fins de mois.

"J’ai pris l’avion pour aller voir son spectacle et lui faire la demande, se souvient Isabelle Boulay. Je me sentais comme si j’allais faire une demande en mariage. Je me doutais qu’il pouvait dire non à cause de son emploi du temps chargé, mais quand je lui ai parlé du projet, que je lui ai donné carte blanche pour amener mes racines nord-américaines dans le territoire européen, il a vite accepté. Parce que les Français ont une manière différente d’intellectualiser la musique, Benjamin me semblait le réalisateur parfait. Il a une manière assez sauvage et primitive d’aborder la musique, bien qu’il la connaisse parfaitement. Il a la maîtrise, mais il s’abandonne dans ce qu’il fait."

"Pour Isabelle, il n’y avait qu’à demander, lance le grand ténébreux. Dès que je l’ai entendue pour la première fois, il y a maintenant plus de 10 ans, j’ai su que c’était typiquement le genre d’artiste avec qui je voulais fusionner. C’est pas si compliqué de construire les chansons d’Isabelle parce que lorsqu’elle chante, il y a comme une lumière qui s’installe dans la pièce. Tout ça est impossible avec une chanteuse qui n’est pas si sincère."

De P.K. Subban à Willie Nelson

Rencontré cet été aux Studios Piccolo à Montréal, le duo mettait la touche finale aux Grands espaces, un album influencé par les paysages d’Amérique du Nord, sa musique, son vécu. En plus de quelques nouvelles chansons dont la pièce-titre écrite par Steve Marin, Isabelle Boulay y interprète Mille après mille popularisée par Willie Lamothe, Jolie Louise de Daniel Lanois, True Blue en duo avec la grande Dolly Parton et Summer Wine de Lee Hazlewood chantée avec Benjamin. Ce dernier se défend au passage d’avoir appliqué une quelconque couche de vernis pour adoucir l’album au goût des Français. "Je l’aime, moi, cette musique. J’écoutais Johnny Cash avant même de savoir que c’était du country. Je n’ai pas vraiment eu besoin d’européaniser le disque. Mais tu vois, les gens du marketing en France nous demandent d’éviter de dire le mot "country" pour présenter l’album."

Trop péjoratif? "Je crois que beaucoup de mélomanes français connaissent bien leur country, la Carter Family, Hank Williams, mais pour le Français moyen, sans vouloir être condescendant, le country se résume à Eddy Mitchell. Les jeunes aiment bien le folk de Bonnie Prince Billy, mais connaissent à peine celui de Willie Nelson."

"Même s’il est majoritairement chanté en français, je ne trouve pas le disque plus québécois que nord-américain, rétorque la chanteuse. Je voulais qu’il y ait de l’espace dans ce disque, de la dimension. Benjamin est un vrai connaisseur de musique country. Il a rêvé de l’Amérique comme moi j’ai rêvé de la France, et on se rencontre quelque part au milieu de l’Atlantique. On a essayé de créer une musique aussi inspirée de la grande variété française, une variété de luxe puisque je reprends Souffrir par toi n’est pas souffrir de Julien Clerc et Où va la chance? popularisée par Françoise Hardy."

Benjamin Biolay avoue tout de même qu’il aurait été plus difficile de produire le disque à Paris. "C’est le décor montréalais qui m’a grandement inspiré. Ça semble anodin, mais ce sont les petits détails qui font la différence. Un soir en sortant du studio, j’ai pris un taxi dans lequel le chauffeur écoutait Crosby, Stills, Nash & Young… Tu ne vois pas ça en France", confie le musicien fan des Canadiens de Montréal. "Chaque fois que je suis ici, je vais voir un match. P.K. Subban! Quel défenseur explosif!"

Mort au snobisme

Soyons honnêtes, un fossé digne du Grand Canyon existe entre le registre populaire d’Isabelle Boulay et celui, plus cérébral, des disques de Benjamin Biolay. S’il semble impossible de voir les publics des deux artistes se mélanger, au Québec du moins, aucune caste musicale n’existe dans la tête du réalisateur. "Il ne doit pas y avoir de snobisme. Je ne crois pas à ces histoires de gauche ou de droite en musique. On joue la musique de nos rêves, et on essaie constamment d’atteindre ce rêve. Pour certaines personnes, Les grands espaces sera un disque très à gauche, mais ça ne l’empêchera pas de devenir un album populaire."

"Nos registres sont peut-être différents, mais quand Benjamin travaille avec moi, il sait très bien comment faire entrer sa fantasmagorie dans mon univers", croit Isabelle qui laisse la conclusion à son acolyte: "J’ai pas toujours envie d’écouter de la musique cérébrale. J’ai parfois besoin de quelque chose de plus léger. Pour moi, Julien Clerc et Alain Bashung sont des artistes de la même qualité qui ne se sont pas exprimés de la même façon."

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