Dossier de presse de Bénabar - Juin 2012

Récent
Décembre 2012 - Juillet 2013

 

Émois place des Festivals, de Lisa LeBlanc à Plume

Sylvain Cormier, Le Devoir, 18 juin 2012

Depuis qu’il y a, comme dit le programme, « tous les soirs un événement » place des Festivals, jamais l’équation bon choix-grosse foule n’a été à ce point vérifiée : retrouvailles de Groovy Aardvark, fête à Kaïn, Charlebois, Plume, le grand soir militant avec Loco Locass, chaque proposition drainait sa sorte de monde, en masse. Jusqu’à Lisa LeBlanc qui, à 19 h le soir de l’événement Collectif métissé, a eu sa multitude d’amoureux fous. Cela étant, voici mes moments de grâce, de griserie et de grimaces. [...]

Le moment épatant tout le temps : Au Métropolis avec Bénabar, l’homme-fanfare.

 

Les «Bénéfices du doute»: le nouvel album de Bénabar

Lyubka Stoykova, Info-Culture, 12 juin 2012

Trois ans après la sortie de l’album «Infréquentable» (500 000 ventes), quel plaisir de découvrir le nouveau disque de Bénabar «Les Bénéfices du doute» arrivé au Québec le 05 juin dernier. Pour tous les admirateurs de cet interprète français, n’hésitez pas un instant à vous procurer son dernier album. Plus je l’écoute, plus j’ai envie de l’écouter.

Le chanteur nous livre un disque où prédominent les guitares, les banjos, un piano bastringue et un solo d’harmonica. Les chansons engagées pour certaines («Politiquement correct» et «L’agneau») et personnelles au moins en l’apparence pour d’autres («Alors c’est ça ma vie» et «Perdre la raison») sont d’une sincérité et d’une franchise étonnantes. J’ai senti l’artiste proche, j’ai eu l’impression d’entrer dans son intimité. Le chanteur nous raconte des histoires du quotidien que nous connaissons tous. Il nous provoque avec des questionnements et des réflexions sur la vie et ses petits et grands tracas. Bénabar m’a séduite encore une fois avec sa maîtrise du rythme, ses mélodies entrainantes, joyeuses et sans fioritures.

1. Politiquement correct: la chanson la plus engagée de l’album où sous prétexte de lutter contre le politiquement correct, on entend défendre des idées dégueulasses.

2. Les râteaux: une chanson dans le pur style bénabaresque qui fait le tour des différents types de râteaux…

3. L’agneau: le texte est excellent. Un morceau qui nous ne laisse pas indifférents et qui met l’accent sur le conformisme, les idées trop lisses, faciles, carrées.

4. La phrase qu’on n’a pas dite: petit coup de cœur pour le message de cette chanson qui attire notre attention sur tous les «J’aurais dû» de la vie.

5. Alors c’est ça ma vie: ce morceau nous décrit la vie d’un quadragénaire solitaire qui a raté sa vie et ne rêve plus. Comme, il y a en tant…

6. Moins vite: je pense que tous les parents aimeront cette chanson qui nous rappelle la vitesse terrifiante à laquelle nos petits loulous grandissent.

7. Les mirabelles à Jocelyne: j’adore cette balade triste et mélancolique. Je vous laisse découvrir. Mais qu’est-ce que c’est vrai?

8. Perdre la raison: très belle surprise un peu décalée. Cette chanson parle de l’état dans lequel on se trouve lorsque l’amour n’est plus là. J’aime.

9. Faute de goût: vous direz que je ne suis pas objective et c’est certainement le cas mais en tant que jeune fille (ou c’est ce que je veux croire) je me reconnais à 100%. Je crois que je ne serai pas la seule.

10. Après de près: un des forts moments de cet album. Petit clin d’œil au Petit Prince de Saint-Exupéry. Autrement dit: Bénabar chante l’alcoolisme, symbolisé par la bouteille qui est la confidente parfaite et meilleure amie des âmes solitaires.

11. Différents: le chanteur nous fait remarquer que les tortionnaires et les dictateurs ressemblent à tout un chacun. Très belle mélodie et un accompagnement au piano qui offrent un moment de plaisir pour les oreilles.

12. Quelle histoire: un morceau joyeux, léger et entraînant.

13. C’est de l’amour: décrit parfaitement l’état absurde et stupide dans lequel nous nous trouvons lorsque nous sommes amoureux. Cette courte période de «papillons dans le ventre».

Pour finir, c’est un disque qui demande à être apprivoisé pour être apprécié à sa juste valeur. Prenez le temps de le découvrir et vous serez conquis. Tout comme je le suis. Ou pas? Vous me direz, j’en doute pas.

 

Bénabar: moraliste ou moralisateur?

Ralph Boncy, Espace.mu, 13 juin 2012

À 43 ans, avec son faux air d’éternel gamin, il est sans contexte le plus gros succès chansonnier dans l’Hexagone depuis des lustres. Mais Bruno Nicolini, alias Bénabar, n’aime pas beaucoup l’avion. C’est donc la première fois, cette année, qu’il venait égayer les FrancoFolies de Montréal. L’occasion rêvée de faire le point avec l’intéressé sur sa popularité phénoménale…

Surprise! Sympathique et lucide, ce showman impénitent qu’on fait passer, parfois, pour un fendant ne tient rien pour acquis. Adulé par les uns, il se sait critiqué par les autres. On l’accuse d’être ringard, trop caricatural, trop « qualité France » dans la forme et dans la manière. Lui se traite volontiers de lâche, de traître, d’écrivain asthmatique dans Itinéraire d’un chanteur populaire. Son biographe, Nicolas Roux, affirme qu’en 10 ans, « Bénabar a réconcilié tout le monde en France ». Et c’est vrai quand on pense à des chansons, comme Le dîner, qui décrivent avec précision et humour la mentalité du Français moyen.

Par contre, sur son dernier album, délicieusement nommé Les bénéfices du doute, il crée la controverse avec un pavé dans la marre. Endossant la confession du personnage principal dans Politiquement correct, il ponctue sa tirade avec un bien senti « Et moi, j’t’emmerde! »que certains se sont pris entre les dents.

La part des choses? Marié et père de deux jeunes enfants, le chanteur s’en remet à Jean de La Fontaine, jugeant que « les bons sentiments ne sont pas si mauvais par les temps qui courent ». Lui qui voyait dans cette chanson un clin d’œil plutôt qu’un gros pamphlet conclut, avec un brin d’ironie : « Je ne suis pas très sexy pour les rebelles de salon. »

 

Bénabar, Les bénéfices du doute

Gigi, Camuz.ca - Blogue, 11 juin 2012

M. Bénabar était attendu au Métropolis ce vendredi 8 juin. Devant un public impatient et en feu, il annonçait les premières notes d'un show très très festif. M. Bruno Nicolini, de son vrai nom, et son sens de la dérision légendaire, fait une entrée fracassante sur scène, et en jette avec son pantalon mauve qui n'entâche en rien son rock endiablé. Bénabar prend un plaisir certain à nous conter des chansons qui sentent le vécu, le déjà-vu. Chaque pièce est un régale, elles s'inpirent de Julie, Clothide, Marie-Ève, de vous, de moi, et on se sent tout confort,  parce qu'on se dit tient "je connais quelqu'un à qui c'est arrivé" ou "c'est tellement vrai", "oh ben, je ne suis pas le seul". Il dissèque les émotions des couches populaires avec classe. Le résultat est plutôt tordant, même pour les morceaux les plus tristes. Il a toujours le mot pour rire ce Bénabar.

Bénébar fait dans le "CloClo" dit Claude François, un peu chorégraphié, de très jolise choristes, les "Bénabarettes" pour remplacer les claudettes? Humour toujours!

J'ai trouvé que le show s'inscrivait un peu dans le rock breton, un brin de Matmatah, qui résonnait dans ce rock endiablé. Dans une atmostphère très Franco, très famille, on apprécie la foule en délir qui danse et saute et chante, un vrai karaoké géant. On ne peut s'empêcher de sourire lorsqu'il entâme en confidence "Les rateaux", un peu railleur, et un peu moqueur, mais on adore. Le chanteur populaire, comme un laron en foire, nous donne tout le jus de la soupe populaire qu'est la vie. Et on en redemande!!

J'aime la boutade sur les amours en folies de jeunes ados qui comptent fleurettes, je cite : "Un visage qui ressemble plus à un clafoutis" ou quelque chose comme cela. Pas très gentil mais cela fait sourire et rappelle tendrement l'adolescence, où tous les sens sont en émoi. En écoutant Bénébar, on prend un malin plaisir à se rappeler avec ou sans  nostalgie toutes les petites anecdotes de la vie qui font sourire, râler, pleurer.  À tous ceux et celles qui ont des enfants, je dédicace la "Berceuse".

 

Francos, jour 2: la bombe Bénabar et la reine Catherine

Philippe Rezzonico,Rue Rezzonico, 9 juin 2012

J’en avais glissé un mot durant l’entrevue réalisée face-à-face deux jours plus tôt : je n’avais vu aucune de ses performances sur YouTube et je n’avais pas recherché la sélection de chansons de sa tournée européenne (Anyway, les journalistes n’en ont pas reçu vendredi…) Je voulais que cette première présence sur scène de Bénabar à Montréal soit pour moi une découverte absolue. Plaisir décuplé et électrochoc total, faut admettre.

Les chansons, ça oui, je connaissais. Ça fait des années que j’écoute ses disques en maudissant sa phobie de l’avion qui nous a privé de sa présence chez nous à maintes reprises au cours des ans. Et il y a deux ou trois titres que j’espérais entendre impérativement.

Mais dès que Bénabar et ses neuf musiciens et choristes ont pris d’assaut – c’est le mot – la scène du Métropolis vers 21h45 vendredi, j’ai compris que l’intérêt était ailleurs. Bénabar en personne, c’est le cumulatif de six ou sept décennies de variétés françaises résumées en une production où jamais la musique contagieuse et effervescente ne fait ombrage aux textes séduisants et grinçants.

Véritable dynamo sur scène, ce Bénabar. En raison de son physique svelte de jeune premier, il fait penser à un Claude François plus dynamité que le Clo Clo d’origine et il possède une voix au phrasé impeccable qui porte toutes les nuances de ses mots et de ses observations parfois décapantes du quotidien.

Avec deux choristes féminines de format géant – remarquez, c’est Bénabar qui est petit – qui apportent une dose de soul et un groupe qui s’inspire autant des big bands de Chicago, des ensembles de fête foraine d’Europe que des Dixeland de La Nouvelle-Orléans, nous sommes en voiture avec ce gros son d’ensemble, cette folle énergie et les cuivres pétaradants.

Avec une telle mixture, c’était gagné d’avance face à un public qui – contrairement à moi – avait vécu l’expérience de scène Bénabar à Québec en 2005 ou quelque part en France ou en Belgique lors de la dernière décennie. Fallait voir le sourire éclatant du chanteur quand la foule a commencé à chanter à l’unisson la plupart des refrains et même des couplets entiers de ces anciens titres comme Quatre murs et un toit.

Impensable décalage

A l’inverse, quiconque n’ayant jamais vu le monsieur sur les planches ne peut être que renversé par le décalage studio/scène. Les chansons de tous les artistes sont plus dynamiques sur scène, c’est su et connu. Mais avec Bénabar, on ne passe pas à l’étage supérieur : on monte carrément du rez-de-chaussée au sommet du gratte-ciel.

Le classique des colocataires amoureux, Y’a une fille qu’habite chez moi, battait la mesure à 100 à l’heure ; Maritie et Gilbert Carpentier, chanson hommage aux émissions de variétés françaises et au Music Hall, était explosive ; Dis lui oui baignait dans les effluves jazz pimpantes ; tandis que Le Dîner avec sa phrase fédératrice « On s’en fout, on n’y va pas !» était de l’ordre de la déflagration.

Là, nous n’étions plus au Métropolis, mais quelque part dans une salle de France avec un Bénébar qui sautait comme un beau diable. Référence québécoise : Imaginez les Cowboys Fringants chanter La Manifestation.

En spectacle, Berceuse – chanson ou un papa se fait suer à tenter d’endormir son mioche – prend des allures théâtrales au possible. Et que dire de À votre santé qui a bénéficié d’une notion de placement de produit. Placé à l’avant-scène, le groupe a utilisé des seaux, une boîte de céréales (?) et une échelle (!) comme instruments. Mais pas de casserole….

Bénabar a expliqué qu’il fallait bien payer l’avion. Bref, à la chanson joviale, on a intégré les slogans de restos populaires du Québec. Fallait entendre Bénabar chanter : « Pout, pout, pout, St-Hubert BBQ ! » Hilarant. Ça, c’est un artiste qui sait s’adapter au pays dans lequel il joue.

Et au lieu de miser à fond sur son nouveau disque – Les bénéfices du doute - paru au Québec cette semaine, il a, au contraire, fait plaisir à ses vieux fans montréalais probablement frustrés de ne pas l’avoir vu depuis ses débuts en offrant Les mots d’amour (tiré de Les risques du métier, 2003) et La P’tite monnaie, extraite de son tout premier disque de 1997. Respect.

Bon, on l’a trouvé un peu frileux de ne pas avoir joué Politiquement correct, chanson-phare de son nouveau disque qui lui a valu des critiques en Europe, mais comme il doit revenir à l’automne – il semble avoir dominé sa peur de l’avion -, il pourra se reprendre dans quelques mois. [...]

 

Chanter c'est bien, divertir c'est mieux

Josée Lapointe, La Presse, 9 juin 2012

La venue de Bénabar aux FrancoFolies avait tous les ingrédients du happening: une vedette populaire qui met les pieds pour la première fois à Montréal, des chansons bien écrites et festives, un spectacle rodé au quart de tour. On attendait un événement vendredi soir au Métropolis, on l'a eu.

L'ingrédient principal de ce cocktail est Bénabar lui-même, son énergie et sa force vitale. On le sentait d'un type nerveux, proche de l'hyperactivité, lorsque nous l'avons rencontré en entrevue. Sur scène, le chanteur de presque 43 ans n'arrête pas un instant: il saute, il tourne, il court, il gesticule tellement qu'après quelques pièces seulement, il est en sueur.

Il mène ainsi son spectacle de presque deux heures à un tempo d'enfer et ne prend que deux véritables pauses, pendant la touchante Je suis de celles, qu'il chante seul au micro, et lors de sa fausse berceuse «Si tu dors pas j'te place!», une des pièces les plus drôles d'un répertoire qui en comporte plusieurs.

Bénabar ne cache pas son amour pour la variété et assume son côté entertainer: on est là pour danser, chanter et prendre du bon temps. Il est pour cela appuyé par une section de cuivres, deux choristes, des guitaristes et des claviéristes: 10 personnes sur scène portant veston à carreau et robe à pois, dont l'enthousiasme est communicatif, et qui font de ce moment une véritable fête.

Même s'il vient de sortir un nouveau disque, Les bénéfices du doute, Bénabar a interprété peu de nouvelles chansons. Il a plutôt puisé dans ses cinq premiers disques et enfilé les succès - Y'a une fille qu'habite chez moi, L'effet papillon, Les épices du souk du Caire, Le dîner-, jouées sur un rythme accéléré, avec toujours le fond de fanfare qui fait sa marque de commerce. Même si sur disque le chanteur est passé à autre chose, la formule reste fort efficace en spectacle.

Une première rencontre réussie donc entre Bénabar et le public montréalais. Bien sûr, le chanteur prêchait vendredi à des convertis: au parterre, on retrouvait une forte communauté de Français.

Mais il y avait aussi de nombreux fans québécois qui, s'ils apprécient quand même les références franco-françaises - Maritie et Gilbert Carpentier, émission de variété des années 70, ça ne nous dit pas grand-chose-, apprécient encore plus les clins d'oeil locaux. La version acoustique low fi de À notre santé, avec placements de produits de Saint-Hubert, IGA et du Vieux-Duluth, était absolument délicieuse.

On sait que Bénabar a envie d'explorer le territoire québécois l'an prochain. Sans trahir ce qu'il est, il devra peut-être trouver un meilleur équilibre entre ses références et les nôtres. On lui souhaite bonne chance, pour lui, et surtout pour tous ceux qui ne le connaissent pas encore : ils ne savent pas le plaisir qui les attend.

 

Bénabar aux FrancoFolies de Montréal - Il chante, il danse, il pense! En même temps! Quel type épatant!

Sylvain Cormier, Le Devoir, 9 juin 2012

On allait voir ce qu’on allait voir. On a vu ce qu’on a vu. Vendredi soir, de cette sorte de vendredi dont on se souvient pour toujours comme «ce vendredi-là», un Métropolis archi-plein a reçu au plexus et dans les genoux et jusque dans la boîte à poux l’expérience Bénabar. Le formidable spectacle de variétés Bénabar. La leçon de dynamisme Bénabar. La sarabande de la bande à Bénabar. Le bar ouvert d’énergie pure Bénabar. La trempoline humaine Bénabar. Le grand coup d’intelligence dans les miches Bénabar. La centrale électrique Bénabar. La totale Bénabar, quoi. Pour la première fois.

Quoique. Précisons: Bruno Nicolini dit Bénabar s’amenait pour la première fois à Montréal, première fois à nos Francos. De toute évidence, bon nombre de spectateurs avait vécu ça avant et ailleurs. Combien étaient-ils de Français extatiques, se pinçant pour y croire, de Belges ravis au-delà du plausible? Un tiers de salle, je dirais. Je peux le dire parce qu’en lever de rideau, Sophie Beaudet -- une Sophie Beaudet pas mal du tout, enrichie aux enzymes, qui a visiblement gagné en confiance et en aisance lors de ses premières parties de Daniel Lavoie – a demandé aux gens qui venait d’où. Des Français dans la salle? Les Français ont fait du ramdam comme dans un match de foot de l’Olympique de Marseille. C’est toujours comme ça les premières fois, ça arrive moins à un Thomas Fersen ou un Arthur H: l’occasion d’avoir Bénabar de si près est si rare en Europe que les Européens présents en perdaient toute contenance. 

Et nous alors! Bénabar avait des fans québécois, le savait-il? Des fans qui connaissent ses chansons et peuvent les fredonner sur demande, il en avait vendredi un autre gros tiers de Métropolis. Le dernier tiers, je suppose, était composé de curieux et d’amateurs de chanson française au sens large. Ce qui nous fait trois tiers, et pas loin de 2000 personnes.

Ça dit un peu l’ambiance. Mais ça ne dit rien de ce qui passe quand il arrive, Bénabar, quand il fait irruption! Oh l’aguerri et son équipe d’aguerris! Savent ce qu’ils font, on s’en doutait, mais à ce point? En deux secondes, le Métropolis tapait des mains. En deux chansons, ça bondissait. Après une demi-heure, c’était comme une fin de spectacle, et ça n’allait plus cesser d’être une fin de spectacle par-dessus la précédente fin de spectacle. Fiou! Diantre, fichtre, bigre. Comment vous décrire ça avec des références parlantes? Disons que c’était à la fois le côté bon enfant des Collégiens de Ray Ventura et la précision maniaque de Claude François et ses Clodettes, la bonne humeur contagieuse de Henri Salvador et… l’étonnante et unique manière Bénabar. 

À savoir: donner à la manière résolument divertissante – on pourrait dire, à la manière des émissions de variétés de Maritie et Gilbert Carpentier à la télé française des années 1970, auxquelles il rend d’ailleurs hommage – ce qui n’est pas l’ordinaire des chansons de variétés: du contenu. Des tranches de vie universellement vécues (Où t’étais passé?), des portraits finement dessinés composant une véritable galerie (Infréquentable, L’agneau, Les râteaux), des petits riens de la vie quotidienne (Y'a une fille qui habite chez moi, La phrase qu’on a pas dite), et ça et là ce qu’il appelle en entrevue des «thèmes lourds»: par exemple, avoir des enfants et comment ça se passe vraiment (Quatre murs et un toit). Sur disque, ça fonctionne sur le mode intimiste. Vendredi, ça fonctionnait sur le mode spectaculaire. Les mêmes chansons. Faut le faire. 

Quand je suis parti pour écrire ces lignes, le Métropolis baignait déjà dans la frénésie générale et on était seulement à mi-parcours. Ça devenait théâtral, un brin vaudeville. Les cuivres, belle équipe de déjantés, donnaient dans la gestuelle désarticulée. Pendant ce temps, les deux choristes, plus grandes que Bénabar, le serraient de près, s’en amusaient et lui aussi. «Il va falloir changer, soit de talons, soit de choristes…», a-t-il suggéré. «Ou de chanteur…» a ajouté l’une des choristes. Saynète faite pour rigoler, comprenait-on: gagné, on rigolait. Je me suis dit que c’était un joli moment à garder en tête pour le chemin du retour. Je gage un gros deux que Bénabar et sa bande n’en sont pas restés là. Gageons aussi qu’avion abhorré ou pas, Bénabar reviendra.

 

Francos: Notre critique de Bénabar

Frédéric Mailloux, MSN Divertissement, 9 juin 2012

Une visite qui s’imposait depuis trop longtemps

Le Métropolis, empli de ses compatriotes l’attendant de pied ferme, vibrait d’une fébrilité tendue. C’est que Bénabar n’était venu pousser la chanson au Québec qu’une toute petite fois dans sa carrière, sans même s’arrêter dans la métropole.

Accompagné de dix musiciens, dont trois cuivres et deux choristes, le chanteur aux tendances variété très assumée a démarré le bal avec Quelle histoire, tirée de son plus récent disque, Les bénéfices du doute. Le ton était donné: la soirée sera festive!

Francos, jour 2: nos critiques de Jean-Louis Murat et Chinatown

Enchaînant chanson par-dessus chanson, sautant d’un de ses six disques à l’autre avec l’aisance du vieux routier, le chanteur français a mis oh, l’instant d’un couplet et d’un refrain, pour mettre le public dans le creux de sa main.

Bon, celui-ci était conquis d’avance. Détail…

Timide au début, le parterre s’est réchauffé graduellement, jusqu’à ce que spontanément – ou influencé par le micro tendu du rebord de la scène – il chante les paroles répétées à la fin des couplets de Quatre murs et un toit.

Le Métropolis tremble

Mais c’est vraiment avec Y’a une fille qui habite chez moi, la chanson qui l’a fait connaître dans l’Hexagone (avec Dis-lui oui), que toute l’énergie encapsulée par l’attente s’est libérée. Faut souligner l’excellent travail des musiciens, increvables, qui ont insufflé leur énergie positive à chaque pièce.

Et des pièces, Bénabar et sa bande nous en ont servi! Il a beau être chiche sur le nombre de visites, il n’a pas lésiné sur la quantité de matériel. Dix-neuf pièces plus deux en rappel ont fait le plaisir des spectateurs.

Un retour aux années 70

Parce que la soirée n’était qu’un immense prétexte pour s’amuser, danser et chanter, autant sur scène, où Bénabar cède souvent la place à ses musiciens, habillés de couleurs voyantes. Bonne idée de laisser au placard le noir habituel des uniformes de musicien. Mention spéciale aux choristes, souvent reléguées au rôle de décoration, qui prenaient littéralement contrôle de l’espace – elles dépassent Bénabar d’une bonne tête – qui dansaient et souriaient. Bref, chaque personne sur scène fait partie intégrante du spectacle.

Car Bénabar descend directement de cette tradition de variété, dont il traite dans Maritie et Gilbert Carpentier. C’est coloré, vivant, vibrant, exagéré: les chansons intimistes (Je suis de celles) deviennent feutrées, les extraverties deviennent extravagantes et les énergiques élevées à un nouveau plateau.

Là réside une des grandes forces de ce showman: l’audace et l’envie de remanier son répertoire, pour s’amuser et amuser son public. Le quarantenaire sait qu’il est sur scène, car le public est dans la salle. Il le dit lui même, alors qu’on chante en chœur La berceuse: «Putain que j’adore ce boulot!» On est loin de l’artiste torturé.

Bref, ça me rappelle à la fois Michel Fugain, à l’époque du Big Bazar, pour l’esprit collectif, les chansons dansantes, le côté racoleur limite complaisant. Ça me rappelle aussi les Colocs et leur énergie festive contagieuse, mais dans un tout autre registre

En rappel, nous avons eu droit à Love Me Tender francisée, expliquée et comique – pensons Toune d’amour d’Alexandre Champagne sur une musique inspirée d’Elvis – et à une finale endiablée sur Les épices du souk du Caïre. Le public est sorti heureux, satisfait, content et repu de Bénabar. Dommage qu'il ne vienne pas au Québec plus souvent - on serait gagnants.

Quant à Sophie Beaudet, elle a fait bonne figure en ouverture, malgré certains problèmes techniques. Son folk, dans la même lignée que celui de Marie-Pierre Arthur et de Salomé Leclerc, est intéressant. À explorer.

 

Un sixième album pour Bénabar, «Les bénéfices du doute»

Christine Émond, PatWhite.com, 8 juin 2012

Bénabar, qui est de passage pour la première fois à Montréal dans le cadre des FrancoFolies, présente un sixième album, « Les bénéfices du doute ». Treize chansons s'y retrouvent, sur fond de banjo, de guitare, de piano bastringue et d'harmonica.

Le chanteur, qui dit apprécier Montréal, a beaucoup travaillé ses textes pour arriver à un résultat impeccable. Les pièces qu'il a choisi de garder sur les vingt-cinq composées au départ sont inspirées de moments du quotidien. « Je crois que l'inspiration c'est l'inconscient. C'est un truc qui va me frapper, ça peut être une rencontre, un détail. Même sans le savoir deux ans après ce sera dans une chanson. C'est assez mystérieux l'inspiration », croit-il.

L'album réalisé par Jean-Louis Piérot en est un à l'esprit joyeux. Avec des titres accrocheurs comme « Les Râteaux » et « L'Agneau », ses chansons racontent des histoires et font sourire. Sa chanson favorite de l'album est « La phrase qu'on a pas dite ». « C'est une chanson qui exprime bien ce que j'ai le sentiment de vivre encore aujourd'hui, dit Bénabar. Parce que des fois on fait des chansons et après, quand l'album sort, on est passé à autre chose, mais c'est une chanson que je ressens intimement encore. »

Bénabar, qui flirte avec le théâtre et le cinéma, se considère avant tout comme un chanteur, et il le prouve avec ce nouvel album, qui s'écoute tout seul. « Je suis très heureux et très excité d'avoir pu faire du cinéma et du théâtre, en plus une pièce et ce film avec Jean-Jacques Weber, soutient le chanteur, c'est une grande chance, donc je ne suis pas du tout blasé et super heureux. Mais mon travail c'est de faire des chansons et de les chanter. »

Bruno Nicolini, de son vrai nom, espère pousser sa carrière à plus grande échelle au Québec. « Ça fait un bout de temps que je prévoyais revenir au Québec pour faire quelque chose, pas juste faire un aller-retour. Là on est restés une semaine, on revient à l'automne, je vais faire un duo avec une artiste québécoise et je vais revenir en tournée en 2013, pour vraiment découvrir le pays en tant que chanteur, parce qu'évidemment ça m'intéresse d'essayer de parler au public. Et après qu'ils disposent, parce qu'après peut-être que les gens ne voudront pas de moi, » dit-il avec un sourire en coin. Il n'y a pas de doute que les gens voudront de lui.

Le chanteur est évidemment fier de son album et de sa carrière. « J'ai la chance de ne pas m'être fixé d'objectifs, donc je ne peux pas échouer. Mais je suis heureux de ma carrière. Je suis un privilégié, j'ai beaucoup de chance. De pouvoir jouer ici et de donner des concerts partout en France dans des salles remplies, c'était inespéré, affirme-t-il. J'espère pouvoir continuer, mais en même temps je sais que les choses ne sont jamais acquises. J'ai un plan de carrière qui est très simple, c'est de pouvoir faire des chansons, qui vont toucher les gens, et de mieux en mieux. »

Bénabar sera en spectacle au Métropolis le 8 juin et sera certainement de plus en plus présent au Québec dans les mois à venir.

 

FrancoFolies 2012: Bénabar débarque au Québec avec son «beau bordel»

Jean-François Cyr, Huffington Post, 8 juin 2012

MONTRÉAL – Bénabar connaît un succès qui ne dément pas depuis une dizaine d’années en France. Première visite de sa carrière en sol montréalais, le chanteur populaire promet un spectacle francofou dont on se souviendra: équipé d’une armada d’instruments, de dix musiciens et de costumes, il a envie de faire la fête dans une sorte de «beau bordel organisé».

Arrivé mardi, l’artiste a pris le temps de rencontrer «la charmante» Montréal, qu’il admet apprécier sans hésitation. «J’ai eu le temps de me balader un peu. L’ambiance est superbe. Les gens sont très accueillants. En plus, on y mange vraiment bien ici. Vous êtes de bons vivants les Québécois. J’aime ça!», lance Bénabar avec un grand sourire.

Depuis quelques jours, nous l’avons entendu à maintes reprises: Bénabar a en horreur les avions, qu’il a souvent boudés au fil du temps. Raison qui explique notamment sa seule visite dans la Belle Province, au Festival d’été de Québec en 2005. «En effet, voler n’est pas ma tasse de thé», explique-t-il. «Mais bon, il y avait également des contraintes d’agenda. Il ne faut pas trop m’en vouloir, je suis pas mal occupé en Europe. Cela dit, j’ai affronté mes peurs et tout s’est bien déroulé. Le vin rouge s’est chargé de calmer les petits élans d’angoisse!», rigole le chanteur.

La fête

Section de cuivres, guitares, accordéon, batterie, basse, banjo, harmonica, piano, Bénabar veut mettre le paquet pour le spectacle des Francos: «Je veux que ce concert soit festif. Surtout que je le sens plus assumé et plus affirmé. J'ai confiance. Pour moi, les concerts sont complètement différents des albums. Sur scène, c’est le temps de s’éclater. Je vais jouer trois morceaux de mon dernier album, Les bénéfices du doute (disponible en magasin depuis le 5 juin). Pour le reste, ce sera un best of de mon répertoire. Et puis, ne le dite à personne, il y aura bien une surprise ou deux…!»

Suivant les traces de Brel (en beaucoup moins dramatique quand même) et de Brassens, Bénabar chante les rencontres, capte les échos de la rue, du bistrot, de la nuit grise et du réveil matinal. Il aime se transposer dans la vie des gens, donner une impression de réel. Le travail de l’auteur-compositeur-interprète est visiblement à son image. Des textes précis, vifs, un brin cyniques, drôles, enjoués, qui dénotent une envie de dédramatiser le quotidien par la poésie tout en jonglant quelque peu avec des clairs-obscurs plus abrasifs. Une musique qui n’a rien de méchante, mais qui porte quand même, parfois, à réfléchir.

Le délire de la tournée

Dans la foulée de la sortie de son sixième album, réalisé par Jean-Louis Piérot (Bashung, Tété, Juke-box), il a fait plus de cent spectacles aux quatre coins de la France, incluant plusieurs grandes salles. «J’ai fait le tour du pays avec deux vans de tournée», poursuit-il. «J’y dors avec toute mon équipe. C’est un peu le rêve à l’américaine, mais sur un territoire moins vaste. Mais n’ayez crainte, c’est très confortable. Vous savez, je suis une star chez moi. Je me permets le meilleur! ...Trêve de plaisanterie, je suis très reconnaissant. C’est génial de pouvoir aller rencontrer les gens partout et de sentir qu'ils aiment votre travail. Ce délire de tournée, c’est très bien.»

Vous aurez saisi, cet homme de 43 ans connaît la véritable célébrité en France. Il a remporté le Victoire du disque chanson/variété en 2004 pour le gravé Les risques du métier; il a été nommé interprète masculin de l'année en 2007 pour Reprise des négociations. Paru en 2008, son album Infréquentable, s'est écoulé à plus d’un demi-million de copies. En carrière, on compte ses ventes de billets en millions d’exemplaires. Sans parler de chiffres, Bénabar avoue d’ailleurs en entrevue que les ventes de son dernier opus sont «très satisfaisantes». À vrai dire, tout semble sourire à Bénabar, qui le rend bien. On aime le penser, du moins.

Bénabar compte revenir à l’automne pour y lancer un nouveau disque, qui sera en fait une compilation de succès. Il souhaite d’autre part collaborer avec une chanteuse québécoise afin d’enregistrer une chanson qui figurera sur cet opus distribué éventuellement au Canada: «Je compose et écris la pièce en ce moment. Si une femme ici veut bien de moi, j’en serai très heureux. J’espère que mon spectacle pourra convaincre une ou deux chanteuses de la pertinence de travailler à mes côtés», blague le sympathique chanteur qui aime déconner.

Question de créer des liens plus serrés avec les Québécois, il fait la promesse de revenir prochainement dans le cadre d’une tournée de cinq ou six dates, à l’hiver 2013.

D’ici là, Bénabar sera au Métropolis ce soir, à 21h. Sophie Beaudet assumera la première partie.

 

FrancoFolies: les choix du jour

La Presse, 8 juin 2012

[...] Bénabar : On a déjà vu Bénabar au Festival international d'été de Québec, mais jamais aux FrancoFolies. La star de variétés française est un fin observateur de la vie moderne, qu'il raconte avec verve et un invitant sens de l'humour. [...]

 

Tendances musicales francophones

Olivier Robillard Laveaux, Voir, 7 juin 2012

Une programmation extérieure canon, de nombreuses valeurs sûres en intérieur, la programmation 2012 des FrancoFolies vous mettra au parfum des dernières tendances musicales francophones.

La visite d’abord

Allez savoir ce que l’équipe des FrancoFolies a promis au Français Bénabar pour qu’il accepte de traverser l’Atlantique, lui qui a une peur bleue de l’avion. Pour ce premier concert à Montréal en carrière, espérons que l’héritier de Brel et Brassens se lancera dans un tour de chant exhaustif et plongera dans le répertoire des Risques du métier, de Reprise des négociations et de son dernier disque, Les bénéfices du doute. Visite tout aussi rare, Hugues Aufray, 82 ans, se produira aux FrancoFolies pour la première fois en 17 ans, un concert qui fera courir les foules comme ceux de Jean-Louis Murat qui présentera son plus récent disque Grand lièvre. De grands noms qui s’ajoutent aux Julien Clerc (concert symphonique), Michel Fugain, Zaz et Thomas Fersen.

Bénabar, Sophie Beaudet: le 8 juin, au Métropolis

Hugues Aufray, Alexis HK: le 12 juin, au Théâtre Maisonneuve

Jean-Louis Murat, Jimmy Hunt: les 8 et 9 juin, au Club Soda

Julien Clerc symphonique, Uminski: le 16 juin, à la Salle Wilfrid-Pelletier

Michel Fugain, Aurélie Cabrel: le 14 juin, au Théâtre Maisonneuve

Zaz, Merlot: le 16 juin, au Métropolis

Thomas Fersen, Brigitte: le 13 juin, au Métropolis [...]

 

FrancoFolies: Bénar, enfin!

Philippe Rezzonico, Rue Rezzonico, 7 juin 2012

Bénabar arrive, me salue et s’installe dans un fauteuil de la salle Stevie Wonder, de l’Astral, où nous nous trouvons. J’ai beau avoir conversé au téléphone avec lui dans le passé, je me dis : « Oui, il existe. De façon concrète. Pour de vrai », comme on dit familièrement au Québec. Et après 15 ans de carrière, le Français offrira – enfin – un tout premier spectacle à Montréal vendredi, lors des FrancoFolies.

Oui, 15 années passées depuis la parution de son premier disque sans nom qui a été baptisé ultérieurement, La P’tite monnaie. Cinq autres depuis, incluant Les bénéfices du doute, paru depuis l’hiver en Europe mais arrivé sur nos terres tout juste cette semaine. Entre les deux, des millions de disques vendus en France et des spectacles à guichets fermés dans toute l’Europe francophone.

Histoire de vous situer, Infréquentable, paru en 2008, a été écoulé à plus d’un demi million d’exemplaires depuis sa parution. Reprise des négociations (2005), le plus grand succès commercial de Bénabar, est chiffré à 1, 3 million de CD, rayon ventes. Et le petit nouveau est déjà au-dessus des 150, 000 galettes en six mois. Ajoutez à cela plus de 500, 000 rondelles pour Les Risques du métier (2003), une certification or pour Bénabar (2001) et vous comprenez que la crise du disque n’a jamais touché le Français.

Les spectacles ? Bénabar vient de boucler une tournée printanière en France. Essentiellement, des Zénith, soit des salles qui vont de 5,000 à 7,000 places, selon la ville. C’est simple. Bénabar serait Québécois, il s’offrirait une tournée du genre de celle de Star Académie. Vous avez saisi. Gros comme ça, en France, le Bruno Nicolini, de son vrai nom.

Une première

Vendredi, ce sera le Métropolis pour cette première à Montréal. Depuis ses débuts, Bénabar a offert un seul et unique spectacle en sol québécois, soit une performance au Festival d’été de Québec en 2005. Sur ce plan, il n’est pas différent d’autres grandes vedettes de France de la première décennie des années 2000 (Vincent Delerm et Raphael) qui ont pratiquement été absents chez nous, eux aussi.

Pourquoi cette discrétion? En bonne partie pour une raison que la raison ne connaît pas : la peur de l’avion. D’où la première question:

- Venu en avion, en bateau ou à la nage, Bruno ?

«Par avion. J’essaie d’évoluer. De me prendre en main », dit-il, bien conscient que sa phobie et son absence de nos rives font de lui un artiste moins connu des Québécois que – M – ou Thomas Fersen que l’on range dans la catégorie des assidus. Mais Bénabar a décidé de remédier à la situation.

«Il y a eu l’avion, l’emploi du temps… Je veux déjà revenir à l’automne pour faire une vraie tournée québécoise après avoir lancé une compilation qui contiendrai un duo avec une chanteuse québécoise. (ndlr : pas désignée encore). Je n’avais pas l’envie de revenir que pour un aller-retour et jouer seulement à Montréal ou à Québec. Je veux me donner les moyens et faire en sorte qu’il puisse se passer quelque chose avec le public québécois. Et là, c’est le public qui jugera.»

Le bénéfice du doute

Ceux qui voudront renouer ou découvrir Bénabar pourront se mettre sous la main Les bénéfices du doute, disque qui affiche les qualités poétiques et d’observateur du quotidien du monsieur qui n’a pas la langue dans sa poche.

Au premier chef, le premier extrait, Politiquement correct, où Bénabar aligne toutes ses prises de position (pas raciste, contre la guerre, contre la consommation des drogues par les jeunes, opposé à la misère, etc) et répète qu’il emmerde ceux qui le trouvent trop politiquement correct. Diantre ! Bénabar et Philippe Katerine (Je vous emmerde), même combat ?

«C’est une réaction (sourire). A la fois un clin d’œil et un coup de gueule. J’ai déjà eu une discussion avec quelqu’un qui me reprochait de ne pas être raciste. J’ai conclu l’échange en lui disant : «Je t’emmerde !» Je suis bien conscient que je défonce des portes ouvertes et que la plupart des gens – heureusement – sont d’accord avec moi… Que je dis des banalités aussi, mais bon, des banalités qu’il n’est pas si inutile de répéter. En fait, ce ne sont pas que des naïvetés. Les bons sentiments ne sont pas si mauvais.»

Autre exemple de ce que Bénabar fait de mieux, L’Agneau, chanson musicalement pop soleil qui ne fait pas la part belle aux troupeaux ni aux suiveurs, bref, à ceux qui vont toujours dans le sens du vent, histoire de bien paraître. On connaît ça, nous aussi. Suffit de voir les politiciens et une certaine frange du peuple réagir aux sondages…

«J’ai été frappé dernièrement que la mode s’applique de plus en plus aux idées. Ça m’a beaucoup troublé… En plus, nous, on sort d’une présidentielle. Depuis les deux derniers mandats, j’ai vu des gens d’extrême gauche aller au centre, parfois, en fonction du mec qui parlait, qui était plus ou moins charismatique, qui avait un discours plus ou moins habile.»

Il a beau avoir l’allure d’un type dans la mi-trentaine, Bénabar aura 43 ans le 16 juin prochain. Et certaines des compositions de son disque le reflètent. On pourrait penser que Alors, c’est ça ma vie ! est une suite à Quatre murs et un toit (de Reprise des négociations). Ce n’est pas le cas, même si ça aurait pu, précise-t-il. Pas plus que ses chansons sont obligatoirement autobiographiques.

«A 40 ans, on sait grosso modo qui on est, même si ça ne nous empêche pas de nous améliorer, dit le noble chanteur de variétés. C’est un constat que j’ai fait au début de la quarantaine. Mais ce n’est pas une chanson triste. On sait seulement à 40 ans que l’on ne sera pas un aventurier, un grand joueur de foot ou un poète russe.»

Sonorités amples

Les bénéfices du doute est un album qui repose sur une instrumentation de guitares sèches et de batterie minimaliste. Nous sommes loin du son des premiers disques de Bénabar. Le spectacle du Métropolis sera néanmoins une grosse production alors que le Français sera accompagné de neuf musiciens et choristes.

«On avait décidé d’emblée avec Jean-Louis Piérot (le réalisateur) en faisant le disque de pas mettre de cuivres, de ne pas mettre de cordes. Pas de peau sur les os. Mais sur scène, c’est autre chose pour moi. C’est libérateur.

«Je n’ai d’ailleurs jamais considéré la scène comme le service après vente. A la limite, ça pourrait être complètement différent. L’important, c’est que le public passe un bon moment. Là, on fait trois ou quatre nouvelles chansons, mais vous allez voir la même tournée que l’on vient de faire en France.»

On espère bien. Depuis le temps qu’on attend.

 

FrancoFolies 2012: French singer Bénabar embraces freedom and equality

Jeff Heinrich, The Gazette, 7 juin 2012

MONTREAL - Bruno Nicolini, a.k.a. Bénabar, is a politically correct kind of guy.

And proud of it.

In fact, Politiquement correct is the title that opens his latest album, Les bénéfices du doute. Released in France last November, it’s now in stores here, just before his Friday night FrancoFolies show.

“J’aime mes parents, j’aime mes enfants, c’est bien-pensant,” the popular 43-year-old Paris songwriter sings, backed by a rootsy banjo and guitar and tambourine.

“J’aime pas la guerre ni la misère, c’est énervant,” he goes on, sounding just a bit earnest, naive, insouciant.

Then comes the defiant refrain:

“Tu trouves ça peut-être politiquement correct. Mais moi j’t’emmerde!”

In other words, if his warm-hearted values leave you cold, tough.

Defining himself against the right-wing forces of reaction in his troubled native land, Bénabar goes on to describe himself as someone who’s (I’ll translate for the benefit of the gallery):

a) “not racist, I’m human rights-ist – I don’t wear fur”;

b) anti-capital punishment (“I don’t miss the guillotine”);

c) definitely not misogynist.

Oh, and another thing: “Je trie mes ordures” – he separates his trash. How sweet.

By the end of the radio-friendly three-minute song, Bénabar manages to gently skewer Islamophobes, anti-Semites, gay bashers, dolphin hunters and anyone “who talks to the maid like she’s a dog.”

“Il faut respecter tous les gens,” the father of two concludes, “je l’enseigne à mes enfants pour qu’ils deviennent, un jour, comme je le souhaite, politiquement correct.

“Et on t’emmerde.”

Hitting the airwaves near the end of Nicolas Sarkozy’s neo-Liberal reign over France last winter, Bénabar’s song was a catchy manifesto for the kind of “liberté, égalité, fraternité” he wants for his country.

Does he feel vindicated now that, since elections in mid-May, a Socialist, François Holland, rules the land as France’s new head of state?

Not really, the artist replies with what is surely a Gallic shrug over the Skype line from his home in the Ville-Lumière.

“It doesn’t inspire me very much, at least not in my songs,” he said of the political changeover.

“I’m very interested, very involved, in politics and in what’s in the news, but it doesn’t necessarily translate into my music.”

Really? What about Politiquement correct?

“It’s just a little fit of temper, as they say – a little song that’s like a discussion you’d overhear in a bistro, where somebody gets a bit ticked off” – no more, Bénabar replied.

What about the much-reported schism in France between the right and the left, the city and the countryside, the young and the old – doesn’t that make him pessimistic for the future?

“I don’t believe the country is torn in two,” he replied optimistically. “Of course, times are tough and people are suffering – just like they are in your country, with the students,” he said, alluding to the strike.

“But I don’t think the country’s divided.

“The presidential campaign ended on what was a rather calm, rather serene note. Now we’ll see how the legislative elections go, but I don’t have the impression there’s a clash in the making.”

Since he brought it up, what does he make of our student protests?

“I prefer not to get involved with what doesn’t concern me,” Bénabar replied warily. “It’s a complex subject, after all. There’s no point saying something that might be plain stupid.”

Fair enough. He’s new to these parts – well, almost.

In 2005, he played Quebec City’s Festival d’été. But his gig Friday will mark his first time in Montreal, a city he’d like to know better, and that he hopes will get to know him better. To that end, he and his band have pulled out the stops for their 9 p.m. show at Metropolis.

“I hope it’ll be good. We’re trying to put an accent on the spectacle of the thing – it’ll be a dynamic concert, joyous, and there will be 10 of us on stage, with a horn section and two backup singers.”

So, a party, more than a time for soul-searching and contemplation?

“No contemplation, that’s for sure,” he replied. “Contemplation is not really my thing.”

One thing he can say with confidence: His lyrics aren’t just for French citizens. They can be understood and enjoyed by francophones and francophiles everywhere – even in Quebec.

“I write for everyone, not just the French,” said Bénabar, son of a librarian and film manager, who made movies and wrote TV scripts before gravitating to the music industry in the late 1990s.

With 11 albums – one live, one best-of, three movie soundtracks and six studio albums (the last two topping the sales charts in France, with more than half a million copies each) – Bénabar’s a hot property.

He’s been called a clever writer of story songs in the vein of Georges Brassens, Jacques Brel, Henri Salvador and, more contemporaneously, Renaud and Sanseverino.

Yet he seems more light-spirited than any of them, less wry, less bitter, more self-deprecating. (Even his stage name is a joke. Bénabar is “verlan” – French slang spoken backward – for Barnabé, a clown’s name he adopted as part of an early duo act; his partner went by the name Patchol.)

These days, Bénabar’s favourite French musical acts are singer Sophie Huriaux (a.k.a. La Grande Sophie), rock group Archimède, and his rocker buddy Cali, another headliner at the Francos.

(Curiously, Cali shares the same first name – Bruno – an Italian family name – Caliciuri – and is about the same age – 43. Just a nice coincidence, Bénabar said.)

Among Quebec artists, he’s enjoying the young Mascouche folksinger Amylie (Boisclair), gravel-voiced Garou and Acadian pop singer Natasha St-Pier.

On stage, Bénabar projects a clean look, performing in jacket and dress shirt with a stylish coif of light brown hair – the kind of artist you can safely take your mother to see, if she likes a little (safe) sass.

“My themes are universal: friendship, the times we live in, kids, the little details of life that may seem innocuous at first but actually carry a lot of weight,” he said. “That’s always been my preoccupation: trying to touch people and set off some kind of emotional reaction.

“That’s what I hope for in my songs.”

 

Bénabar: Douteux personnage

Patrick Baillargeon, Voir, 7 juin 2012

Le doute est une source de bénéfices pour Bénabar.

Il était temps, diront certains. Après un unique passage à Québec il y a environ cinq ans, Bruno Bénabar vient présenter pour la première fois à Montréal ses chansons, fines observations du quotidien transcendées par une écriture vive, souvent humoristique, lucide et précise.

Et il ne viendra pas seul, le Bénabar. "On est dix sur scène: deux choristes, des cuivres, des guitares, batterie, piano, accordéon… J’essaie de donner un spectacle festif, joyeux, entraînant, ce qui n’empêche pas quelques chansons plus tristes. Ce n’est pas un tour de chant où il faut écouter religieusement les chansons, c’est plutôt un truc divertissant, auquel les gens participent", résume Bénabar, reconnu pour ses concerts dynamiques et un tour de chant toujours très varié. "Je présente un spectacle qui est un mélange de tous les disques. Les spectacles, je n’ai jamais considéré ça comme le service après-vente d’un album. C’est une espèce de best of, un mélange de tous mes albums sans en défendre un en particulier. Il doit y avoir trois ou quatre titres du dernier disque."

Le dernier disque, c’est Les bénéfices du doute. Un titre qui ne signifie pas ce qu’on croit qu’il signifie. "Je doute de tout sans pour autant que ce doute soit écrasant, révèle Bénabar. C’est un peu comme la peur, ça permet d’être prudent, mais quand on se laisse gagner par elle, ça paralyse. Le doute, c’est pareil; il peut être vraiment constructif quand on arrive à le gérer pas trop mal. Donc, le doute amène des bénéfices."

Enregistré avec l’ex-Valentins Jean-Louis Piérot dans le rôle du réalisateur (qui a entre autres travaillé avec Bashung et Tété), Les bénéfices du doute est un disque sur lequel Bénabar a voulu prendre certains (petits) risques, histoire de ne pas tomber dans la redite; rien de radical, mais quelques changements de couleurs salvateurs. "J’espère que c’est une évolution", admet le chanteur aussi acteur à ses heures. "Musicalement, il est un peu différent car il y a un petit côté country qu’on ne retrouvait pas sur mes autres disques. En plus, il n’y a pas de cuivres ni de violons, donc c’est plus direct dans les arrangements. J’avais envie d’avancer.

"Ma grande peur avec ce sixième album était de me répéter, de tomber dans la facilité. Si on ne fait pas attention, on peut presque s’autoparodier. Donc, j’aime bien l’idée de me mettre un peu en danger. Ceci dit, pour moi, il n’y a pas de rupture parce que ça reste un album de Bénabar", affirme celui qui est considéré par plusieurs comme un des chefs de file de la chanson réaliste. "Il y a une évolution dans mes chansons, mais elle est surtout personnelle. Ce que je raconte est très inscrit dans le temps, il y a un côté chronique, donc en effet c’est assez réaliste. Je raconte les choses qui me touchent, qui m’émeuvent, mais elles ne sont pas les mêmes aujourd’hui à 42 ans que lorsque j’en avais 25."

 

Chanter c'est bien, divertir c'est mieux

Sylvain Cormier, Le Devoir, 7 juin 2012

Premier passage à Montréal demain soir pour le champion de la chanson populaire en France, à la fois chroniquer intimiste et bête de scène, véritable Trenet sur trampoline depuis 15 ans. Pas trop tôt pour faire connaissance.

Bénabar, finalement ici. Peur pas peur, Bruno Nicolini dit Bénabar («Barnabé» en verlan) aura bravé les turbulences pour venir faire le turbulent au Métropolis, en vedette des FrancoFolies, 24es du nom. C'est à 21h demain, après le lever du rideau de Sophie Beaudet. Courez-y. Ce type est épatant. Total «entertainer», avec de la substance. Contenant et contenu conjugués. Des chansons d'artisan qui se fredonnent, un spectacle spectaculaire qui n'éblouit pas en vain. Demandez aux chanceux du Festival d'été de Québec, qui l'ont acclamé à la suite du seul transatlantique osé précédemment, en 2005. Fiez-vous aux vernis dans mon genre, qui se sont trouvés devant lui dans les festivals, à Spa, La Rochelle. Joignez-vous aux centaines de milliers de spectacteurs de tous âges, allégeances et provenances qui l'ont plébiscité dans la dernière décennie à travers l'Europe francophone.

Jugez-en par ce que Bénabar dit en lui-même quand on l'obtient au bout du fil: «Oui, je crois que je suis ce qu'on appelle un chanteur populaire, très inspiré par la grande tradition de la variété française, de Joe Dassin à Jean-Jacques Goldman. J'aime profondément l'idée du divertissement dans le bon sens du terme.» Hou! le vilain mot, maugréent ses détracteurs. Notamment François Hadji-Lazaro, l'irréductible de Pigalle, pour qui Bénabar est l'ennemi absolu. «Trente ans de retard», résumait-il en entrevue dans ces pages, associant dédaigneusement Bénabar à Claude François . «Et encore, Clo-clo, il dansait.» Bénabar, lui, bondit.

Il est la bête noire des Inrocks, la tête de Turc d'une critique jamais très contente quand toute la famille s'amuse. «En France, il y a une espèce de complexe par rapport à la chanson populaire, quelque chose d'assez suspect dans le divertissement. Comme s'il fallait choisir: ou bien on fait des chansons... euh... intelligentes, ou bien on fait des chansons grand public. Pour certaines personnes, le divertissement est forcément un peu vulgaire, un peu raccoleur, alors que moi, je prétends l'exact contraire. C'est-à-dire qu'on n'est pas obligé de renoncer à quelques ambitions artistiques même si on fait du spectacle pour tous, on n'a pas à aligner des chansons tristes en prenant des moues boudeuses ou en jouant les artistes maudits.»

On n'a même pas à cultiver sa singularité en pot pour se différencier du lot. Dans Politiquement correct, la chanson qui ouvre Les bénéfices du doute, sixième album qui nous parvient avec sept mois de délai (pour coïncider avec le spectacle, suppose-t-on), B7eacute;nabar exalte les valeurs de bon père, bon fils et bon citoyen. «J'aime mes parents/ J'aime mes enfants/ C'est bien pensant!/ J'aime pas la guerre/ Ni la misère/ C'est énervant?/ Tu trouves ça peut-être/ Politiquement correct/ Mais moi, je t'emmerde!» En France, la chanson a dûment énervé les emmerdants, objectif atteint. On en a vite fait un règlement de comptes, pays de la polémique oblige. « Ç'a été un peu démesuré, on a vu un coup de gueule là où il n'y avait qu'un clin d'oeil. Il se trouve toujours quelqu'un, en France, pour vous reprocher d'afficher des bons sentiments...»

À 42 ans, bientôt 43, Bénabar arrive à ce moement de la carrière de chanteur où l'on cherche au tournant. Se renouvelle-t-il ou pas? Progresse ou décline? Le dernier album a fourni l'occasion de la mise en examen. Dans Marianne, il laisse à Olivier Maison «un arrière-goût de déjà vu et de bien entendu». Pour Michel Troadec d'Ouest-France, tranchant, il n'a «plus grand chose à dire». L'exigeante Valérie Lehoux de Télérama, qui «aime bien Bénabar» a priori, semble regretter ce qu'il fut et n'est plus «le ton nouveau, la dérision, le contrechamp qu'il apporta à la variété tonitruante des années 1990». Bigre. Pourquoi me plaît-il tant, à moi, cet album? Pourquoi Bénabar me semble-t-il au sommet de son art, méme si 150 000 exemplaires (à ce jour) des Les bénéfices du doute ne sont pas les 470 000 du précédent Infréquantable et certainement pas les 1,3 million ed l'album de la consécration, Reprise des négociations?

Sujet banal, émotion universelle

En fait, j'aime que ce champion de l'observation fine et du détail craquant, ce portaitiste saisissant des gens de sa génération ait épuré sa manière et son verbe. Goûtez-moi ce Moins vite, à propos des enfants qui grandissent à vue d'oeil: «Non! Ne vous dépêchez pas surtout/ De faire deux têtes de plus que nous/ Trouvez encore qu'on encore qu'on est super forts/ Quand on ouvre un pot de confiture» Sujet banal, émotion universelle: tout est dans la justesse de ton. C'est plus difficile que de faire l'habile. «J'essaie de faire attention de ne pas avoir une écriture trop poétisante. Je crois à la simplicité, en chanson. Surtout quand on aborde des thèmes lourds, l'enfance, vieillir, la mort. C'est important de ne pas se mettre à l'avant. S'incliner un peu devant le thème, quoi.»

La réalisation de Jean-Louis Piérot (l'ancien des Valentins, qui a travaillé avec Bashung, Miossec) va dans le même sens: la pétaradante cahnson pop des autres disques de Bénabar a laissé place à un délicat country-folk, paysage tout en harmonica et twang, banjo et pickings. Quelle sorte de spectacle ça donne? «Je fais vraiment la différence entre les albums et les concerts. Un album, c'est un moment, un état. Un lieu où l'on essaie d'évoluer artistiquemment. La scène, c'est l'efficacité, on réarrange, on interprète, je choisis les chansons de mon répertoire comme si elles n'étaient pas les miennes.» Pas question de reproduire l'album. «Ce n'est pas du service après-vente. Ce n'est pas non plus un récital. Un spectacle est une chose festive, où il peut y avoir des moments plus sombres, mais on n'est pas là pour se prendre la tête.»

Mais encore? «Vous verrez, j'amène tout l'orchestre, y a des cuivres, choristes, guitare, piano, accordéon. il nous arrive de faire des reprises, des petits sketchs entre les chansons. Et on ne part pas avant que les gens soient vraiment, vraiment contents.» Pas pressé de reprendre l'avion, celui-là.

 

 

Bénabar, chanteur sympa

Josée Lapointe, La Presse, 7 juin 2012

Chanteur populaire dans tous les sens du terme, Bénabar foulera demain, pour la première fois de sa carrière, une scène montréalaise. Il débarque au Métropolis avec tout l’attirail de son plus récent spectacle – section de cuivres, accordéon et costumes –, et avec la promesse de revenir faire une véritable tournée québécoise en 2013.

Bénabar est à peine descendu de l’avion qu’il assure déjà qu’il reviendra. « J’ai plus envie de voyager que de me laisser dépasser par mes peurs. Et puis Dieu a inventé le vin rouge, qui est sûrement le meilleur antidépresseur, dont j’abuse sans culpabilité aucune dans l’avion! » Alors que les Cali et autres Thomas Fersen nous ont très souvent gratifiés de leur présence, Bénabar n’a chanté ici qu’une fois, en 2005, lors du Festival d’été de Québec. « J’avais un emploi du temps chargé, et surtout, j’avais envie d’une vraie présence ici. Ça ne m’intéresse pas de venir ponctuellement. »

Bénabar fait partie de ce qu’on appelle la « nouvelle chanson française » , alliant textes bien ciselés souvent drôles et musique pop enjouée. Il connaît un immense succès en France. Lauréat du Victoire du disque chanson/ variété en 2004 pour Les risques

du métier, interprète masculin de l’année en 2007 pour Reprise des négociations, son disque

Infréquentable, sorti en 2008, s’est vendu à 500000 exemplaires et a été suivi d’une tournée qui a attiré 800000 spectateurs. Suite logique, les ventes de son sixième et plus récent disque, Les bénéfices du doute, sorti en décembre 2011, vont bon train.

Il pourrait avoir la grosse tête, il se dit plutôt conscient de sa chance. « Je suis privilégié, dit- il, je le sais, et je ne suis pas blasé. C’est pour ça que je donne un vrai spectacle. Je veux que les gens passent du bon temps pendant deux heures. »

Chantre de la classe moyenne – « On m’a souvent traité de bobo. Bourgeois oui, bohémien pas du tout! » – , Bénabar est un vrai « bon gars » . Le genre de chic type qui s’affirme sans complexe politiquement correct dans une chanson « coup de gueule » qui s’en prend au « discours nauséabond qui, sous prétexte de lutter contre le politiquement correct, lutte contre l’humanisme. Est- ce qu’un jour on va devoir s’excuser parce qu’on n’est pas misogyne? »

Chanteur sympa donc, qui transforme tout ce qu’il touche en succès. « J’ai fait seulement un film comme acteur,

Incognito, une comédie avec Frank Dubosc, et ça a marché. Je comprends qu’à la longue, ça peut énerver ! » Surtout de la part d’un homme qui refuse de choisir entre Bashung et Joe Dassin, qui apprécie Gainsbourg autant pour

L’homme à la tête de chou que pour L’ami Caouette, qui aime les chansons qu’on peut « siffloter sous la douche » et se dit incapable d’être snob.

La poésie du quotidien

Ses relations sont difficiles avec une certaine presse musicale française, et quelques confrères chanteurs – Benjamin Biolay, pour ne pas le nommer– n’hésitent pas à le critiquer par médias interposés. « Pour certains, je suis une provocation ambulante. On m’attend souvent au détour, mais ça va. Je ne vais pas embêter les gens avec mes problèmes de chanteur » , aime- t- il répéter.

Fidèle à lui- même, Bénabar défend ainsi la « variété exigeante » et estime que c’est un défi noble d’y arriver. « Et puis, la posture du chanteur inspiré m’ennuie. On peut l’être, mais on n’est pas obligé de le montrer ! »

Lui aime la poésie quotidienne – « Il n’y pas que les bateaux en pleine tempête, il y a aussi les abribus » – , les détails qui disent tout, les petites histoires. « J’ai commencé en écrivant des scénarios, et je reproduis cette structure dans mes chansons. C’est vrai que je laisse peu de place à l’imaginaire, tout est décrit. Pour certains, ça peut être étouffant, moi j’aime cette précision. »

Bénabar se dit fier de cette nouvelle tournée et s’estime plus « affirmé » que jamais dans son choix d’offrir un divertissement de qualité. Une question d’âge peut- être, dit le chanteur qui aura 43 ans la semaine prochaine. « Quand on commence, on a peur que nos copains se foutent de notre gueule. Après, on assume plus. »

Les projets québécois sont pour lui un moyen de prendre du recul et de rencontrer un autre public. Il compte présenter un disque best of à l’automne, incluant un duo avec une chanteuse québécoise ( pas encore choisie), et désire fermement explorer le territoire. « Je veux voir le pays de l’intérieur. » Premier contact demain.

 

La rectitude moqueuse de Bénabar

Claude André, Journal Métro, 5 juin 2012

C’est entouré d’une dizaine de musiciens et de choristes bariolés que Bénabar viendra nous rendre visite pour la première fois à Montréal à l’occasion des Francos.

Métro a discuté avec ce représentant de la chanson française, apprécié autant pour ses mélodies accrocheuses que pour ses fines observations de la quotidienneté.

Lorsque vous avez écrit Politiquement correct, sorte de réponse à un interlocuteur anonyme que l’on retrouve sur votre dernier album Les bénéfices du doute, à qui vous adressiez-vous : à Sarkozy, Dieudonné…?

À personne en particulier, mais à une ambiance générale de personnes qui, sous prétexte de lutter contre le politiquement correct, en viennent à ne plus condamner des idées hautement condamnables.

Vous ne pensez à personne?

C’est un peu une réponse que je donnais à quelqu’un qui, au cours d’une discussion, me disait que c’est très politiquement correct de ne pas être raciste ou homophobe. J’ai écrit ma chanson pour résister à ce discours.

La chanson Les râteaux est-elle un clin d’œil aux P’tits papiers de Gainsbourg?

Oui, tout comme au Zizi de Pierre Perret. Une chanson paillarde où on retrouve une succession d’images comme ça. Je suis allé au bout de la référence aux P’tits papiers de Gainsbourg. D’ailleurs, on a aussi fait Les râteaux avec un piano bastringue; c’est un peu dommage, mais complètement assumé.

Il s’agit donc de votre école chansonnière : Gainsbourg, Perret et, sans doute, Renaud?

Oui, Renaud, Higelin et puis la variété, de Cabrel à Goldman, en passant par Michel Delpech et Joe Dassin.

Vous l’assumez totalement, contrairement à une certaine gauche caviar qui lève le nez sur ce courant…

Exact. Je l’assume, et même je défends ça. Il y a en effet tout un courant qui consiste à trouver cela très vulgaire et à mépriser un peu tout ce qui est divertissement. Pour moi, le divertissement est une chose noble. Divertissement ne veut pas dire sensationnalisme.

Vous avez été, dans une autre vie, photographe de plateau et clown. Cela vous sert-il dans votre carrière de chanteur?

Il y a en effet un côté cirque, dans le sens où nous sommes nombreux sur scène (10) et que nos costumes sont très voyants. Je suis très respectueux de toute l’imagerie qui se dégage des cirques. Et j’irai à Montréal avec tous les musiciens et choristes de ma tournée française.

Vous devez une fière chandelle à Henry Salvador. Pensez-vous souvent à lui?

Oui, c’est quelqu’un qui m’a énormément aidé et je lui dois beaucoup. Il m’avait notamment invité à assurer la première partie de ses spectacles.

Vous écrivez beaucoup sur la quotidienneté en utilisant un regard épieur sur vos personnages. Regard qui vient d’en dessous et non du dessus.

Même si je suis aujourd’hui un privilégié, je n’en demeure pas moins un petit gars issu la classe moyenne et je considère que j’en fais toujours partie. Alors j’assume.

Oui, mais lorsque le succès et le star-système, très féroce en France, s’en mêlent, n’est-il pas difficile de rester humble?

Ça peut l’être, mais ça dépend aussi du profil. Il y a des postiers prétentieux, comme il y a des chanteurs humbles. Tout dépend de la façon de voir les choses et de l’âge également. Lorsque j’ai commencé à avoir du succès, j’avais déjà 30 ans. À 20 ans, beaucoup ont déjà un peu pété les plombs, c’est vrai. Mais dans ce métier, on décide si on a envie ou non de mettre des lunettes de soleil en pleine nuit. C’est une question de choix.

Un fantasme musical?

Il y en a tellement. J’ai eu la chance de faire de nombreux duos avec des modèles comme Renaud ou autre. Disons que ça serait de jouer avec Tom Waits ou des gens moins connus. Mais le fantasme suprême d’un musicien, c’est de pouvoir jouer et livrer des concerts et que les gens soient là.

Vous avez écrit une très grande chanson française qui s’intitule J’étais de celles. Une pièce que vous auriez aimé écrire?

Je dirais La beauté d’Ava Gardner, d’Alain Souchon.

 

Audio • Vidéo

Francofolies de Montréal, Entrevue condensée, Juin 2012
http://www.francofolies.com/multimedia

Francofolies de Montréal, Extraits du concert, Juin 2012
http://www.francofolies.com/multimedia

Espace.mu, 13 juin 2012
http://www.espace.mu/Chanson-Pop

Journal de Québec, 8 juin 2012
http://www.journaldequebec.com/videos

Francophonie Express, 7 juin 2012
http://www.dailymotion.com/video

Première chaîne, Médium Large, 7 juin 2012
http://www.radio-canada.ca/audio-video

MusiMax, Musimag, 7 juin 2012
http://www.musimax.com/emissions/musimag

4@6, CIBL, 7 juin 2012
http://c1f1.podcast.ustream.ca

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