Le lancement de l’album First Recordings sera présenté sous forme d’une projection extérieure spéciale au Skatepark Van Horne du quartier Mile-End le 27 septembre
Spectacle hommage à Lhasa les 29 et 30 septembre 2024 au Théâtre Rialto, billets en vente maintenant
Voyageant entre le Mexique, les États-Unis et le Canada, Lhasa de Sela gagne une reconnaissance internationale avec la sortie de son premier album, La Llorona, en 1997. Mais c’est aux Bobards, lieu emblématique de la scène culturelle montréalaise, que l’histoire commence, alors qu’Yves Desrosiers et Lhasa partagent sur scène leur passion pour la musique, via des chansons mexicaines et quelques classiques du Jazztel que Fever.
J’ai rencontré Lhasa en juillet 1991. Elle devait avoir environ 18 ans. À cette époque, je jouais avec Jean Leloup et ça l’impressionnait beaucoup. Puis moi, je la trouvais super drôle, témoigne le compositeur, multi-instrumentiste, arrangeur et réalisateur Yves Desrosiers.

L’idée de faire de la musique ensemble n’est toutefois arrivée qu’un an et demi plus tard, alors que Desrosiers rencontre Lhasa par hasard, assise à une terrasse de la rue Saint-Denis.
On a discuté, elle ne savait pas trop si elle allait demeurer à Montréal ou non. Puis elle a dit quelque chose comme "I wanna sing". Je me suis retourné vers elle et lui ai dit "Ah bon, tu chantes ?". Je ne le savais pas. Donc, je lui ai proposé de faire un bout d’essai. Elle a chanté surtout des standards jazz, mais j’étais toujours un peu perplexe. Puis à un moment donné, on est entré dans les chansons bossa nova brésilienne comme *Corcovado*, *One Note Samba*... Là, j’entends quelque chose de différent. J’entends une espèce de... quelque chose... je ne sais pas, c’est venu me chercher, se remémore Desrosiers.
Cette première rencontre marque le début d’une série de performances dans des bars montréalais, où leur projet musical commence à prendre forme et à évoluer. Enregistrées à la fin de l’hiver 1994, les 12 chansons inédites, directes et aux arrangements épurés, dévoilent les prémices du son unique que Lhasa et Yves allaient perfectionner pour l’album La Llorona. Le jeu de guitare distinctif d’Yves, mêlant divers styles avec une touche mexicaine, soutient parfaitement Lhasa, lui permettant de développer sa propre voix.
Dans le disque qui sort, il y a surtout sa personnalité à elle, insiste le polyvalent musicien montréalais.
Ce que je trouve important aussi, c’est qu’on entend cette énergie qu’on avait à cette époque, qu’on voulait traduire sur scène. C’est pour ça que sur ce disque, on entend encore des standards de jazz, et aussi des chansons latinos. Et puis oui, quand j’écoute ces chansons-là, elles viennent encore me chercher, même après toutes ces années.
J’ai retrouvé les choses qui étaient importantes d’entendre là-dedans, c’est-à-dire cette énergie, cette volonté, cette urgence. C’est pour cela que j’ai accepté qu’on fasse paraître ces morceaux, parce que ça traduit très bien nos débuts. C’est tel quel, je n’ai rien retouché parce que je ne voulais pas perdre l’essence de l’histoire, la vérité de nos débuts. Évidemment, avec Lhasa qui n’est plus là, c’est beaucoup plus émouvant, se désole Yves Desrosiers qui estime toutefois que ce nouvel album est en quelque sorte un présent pour tous ceux et celles qui ont été envoûté.e.s par la musique de Lhasa, ou qui le seront.
Cet envoûtement, l’artiste multidisciplinaire Lousnak l’a ressenti, dès sa première rencontre avec celle qui deviendra par la suite sa grande amie.
Je suis tombée sous le charme, carrément. Je comprends cette attraction que les gens ont eue pour elle, mais je n’arrive pas à l’exprimer en paroles... C’est cet envoûtement que j’ai du mal à décrire que les gens pourront voir sur la pochette que j’ai réalisée pour ce nouvel album. Ce que je ressens, ce que j’essaye d’expliquer, je l’ai mis là… C’est comme si… Comment je peux décrire ça ? C’est comme si elle a un petit doigt dans l’univers, branché direct dans l’énergie astrale. Lhasa a tout mis dans son art, parce qu’elle était un tout. Elle n’était pas un peu ceci ou un peu cela, Lhasa a toujours été un tout. Je pense qu’on le ressent, qu’on l’a toujours ressenti et qu’on va continuer de le ressentir.
Une écoute publique de cet album aura lieu le 27 septembre, jour de la sortie de l'album et de l'anniversaire de Lhasa, au skatepark Van Horne, situé en face du parc nommé en mémoire l'artiste disparue, dans le cadre de MAPP_MTL. Cet événement, ouvert à tous et se déroulant au coucher du soleil, sera accompagné de vidéos réalisées par Yann-Manuel Hernandez, projetées entre autres sur la surface emblématique de l'entrepôt Saint-Laurent.

LA ROUTE CHANTE : HOMMAGE À LHASA
Joe Grass réunira sur scène, dans le cadre de Pop Montréal, des artistes de renom afin de rendre un hommage musical à Lhasa, les 29 et 30 septembre prochain au Théâtre Rialto de Montréal. Des femmes qu’elle a influencées telles que Feist, Klo Pelgag, Helena Deland, La Force, Myriam Gendron, Laurence Anne, Stone Bonnet Choir, Ambroise et Adèle Trottier-Rivard du duo Bibi Club seront présentes à cette soirée en plus de plusieurs amis et collègues tels que The Barr Brothers, Calexico, Yves Desrosiers ainsi que les musiciens de la tournée The Living Road. On y retrouvera aussi plusieurs invités tels que Silvana Estrada, une jeune musicienne et compositrice mexicaine qui a repris plusieurs chansons de Lhasa lors de ses performances, Juana Molina, l'une des figures les plus importantes de la musique alternative en Amérique latine ainsi que Samantha de la Vega, la soeur de Lhasa.
À propos de Lhasa
Née aux États-Unis au sein d’une large famille d’artistes bohèmes, Lhasa a passé ses premières années beaucoup plus au Mexique où les rancheras et les chansons de Chavela Vargas, Violeta Parra et Victor Jara ont accompagné son enfance presque comme des membres de la famille. Lhasa écoutait toujours de la musique ; pas juste de la musique mexicaine, mais aussi de la musique classique iranienne, de la musique indienne, de la musique irlandaise, du blues et du rock and roll. Elle fredonnait et chantait sans cesse, comme si elle construisait déjà les histoires qui habiteraient un jour ses chansons, révèle Alexandra Karam, mère de l’artiste.
Elle chantait sans arrêt. Elle chantait tellement que ses sœurs l’imploraient d’arrêter un peu, elle se mettait alors à fredonner ou à siffler. Tous les soirs, nous avions un spectacle, se souvient son père, Alexandre Sela.
De son bref parcours stellaire, Lhasa de Sela nous a laissé trois admirables albums avant de s’envoler, bien trop tôt. Par son incandescence, sa présence magnétique et sa façon poignante de vivre les chansons qu’elle interprétait, Lhasa a touché le cœur de plusieurs et continue d’envoûter, encore aujourd’hui. Si sa vie fut trop courte, sa musique demeure éternelle.
